Beaucoup de questions banales, et encore plus de réponses convenues. C'est le bilan assez désolant que l'on peut tirer de cette séance d'interview via Internet. L'idée était pourtant excitante: permettre à des adolescents d'interroger en direct et à distance le président de la Confédération. Hier en fin d'après-midi, les gymnasiens du Bugnon, à Lausanne, ont été invités à taper sur leur ordinateur des questions que Flavio Cotti voyait immédiatement apparaître sur le sien, à Berne. Le président répondait du tac au tac, sans voir le visage de ses jeunes interlocuteurs. Le résultat de cette conversation en ligne s'affichait sur une page Web accessible à tous les internautes (www.unil.ch/gybn). Une expérience similaire avait été menée en avril à Saint-Gall. Le même exercice se tiendra bientôt au Tessin.

Ce système de «chat» (prononcer «tchatt»), très populaire dans les sous-sols d'Internet, donne lieu à des échanges extrêmement vifs et spontanés. Les individus les plus timides peuvent s'y révéler mordants, les bégayeurs trouvent leur éloquence et, généralement, la langue de bois est très vite réduite en sciure. Mais pas hier. L'échange entre le président de la Confédération et les gymnasiens n'a jamais dépassé la convention polie.

«Quel est votre

salaire annuel?»

L'opération avait pourtant bien commencé. C'est Taciana, 18 ans, qui a posé l'une des premières questions: «Quel est votre salaire annuel?» Flavio Cotti: «Je n'ai pas le temps de contrôler ce que je reçois tous les mois. Il faudrait demander à ma femme. Mais, en tout cas, il dépasse les 300 000 francs par an.» Les étudiants ont certainement eu raison de démarrer sur un terrain très concret, voire trivial: c'était, semble-t-il, le seul moyen d'obtenir des réponses un peu substantielles. «J'ai fait ma licence en droit à l'Université de Fribourg», a ainsi répondu le président à Gregory, 16 ans, qui lui demandait: «Qu'avez-vous fait comme études?»

François, 17 ans, a ensuite tenté d'élever le niveau du débat en demandant: «Est-ce qu'il est possible pour vous d'avoir un but en tant que président pendant un mandat qui ne dure qu'un an?» Réponse de Flavio Cotti: «Les buts d'un politicien ne dépendent pas de la durée de sa fonction de président. Dans un système collégial, on se pose des buts de plus longue haleine et l'un de mes buts reste la participation pleine et entière de la Suisse à l'UE.» La discussion s'est ainsi progressivement transformée en un long catalogue de banalités, malgré les efforts de certains étudiants comme Maliza, 16 ans, à laquelle Flavio Cotti a fait part de son «pessimisme» par rapport au conflit israélo-palestinien.

Diogo, 17 ans, a voulu savoir quelle était la décision la plus «dangereuse» que Flavio Cotti avait été amené à prendre: «Je ne crois vraiment pas que j'aie pris des décisions dangereuses, a-t-il répondu. Dans la pratique quotidienne, la plus difficile des décisions fut probablement celle que je pris en tant que président de l'OSCE de tenir les élections en Bosnie-Herzégovine en 1996. La décision de long terme la plus importante fut la détermination du but stratégique de l'adhésion à l'UE. Mais les deux décisions furent prises par le Conseil fédéral et pas par moi personnellement.»

Le reste de l'entretien s'est articulé selon le même principe. A peine le président s'était-il légèrement exprimé dans un sens qu'il s'empressait de modérer ses propos. A propos du droit de vote pour les détenteurs de permis C: «Le problème mérite un examen approfondi, même si le pays est aujourd'hui confronté à des défis plus fondamentaux.» A propos de la consultation populaire sur le génie génétique: «Les défis que la démocratie directe pose au souverain sont très importants. La nécessité de bien s'informer est donc absolue.» Sur un plan plus intime, Flavio Cotti a encore annoncé qu'il considérait vie privée et vie professionnelle comme «deux choses tout aussi importantes, et même complémentaires». A 17 heures, le président a pris congé en qualifiant l'exercice de «fascinant» et en remerciant le professeur et les élèves pour leurs questions «très intéressantes».