«Fidelio» dru et théâtral au Verbier Festival

Lyrique Marc Minkowski a su insuffler sa flamme à l’opéra de Beethoven, donné en version de concert samedi soir

La distribution a rempli ses promesses

Marc Minkowski est de ceux qui aiment se mettre en danger. Il fallait voir le chef français répéter Fidelio jusque passé 18 h 20, samedi soir. A 19 h, sous l’œil des caméras de la plateforme Medici.tv et visiblement porté par l’adrénaline, il donnait le coup d’envoi avec l’Ouverture de l’opéra de Beethoven , dans la salle des Combins du Verbier Festival.

Arêtes vives, sonorités drues, textures claires et allégées: ce Beethoven-là tranche avec les lectures traditionnelles d’un Klemperer ou d’un Karajan. Non pas un orchestre symphonique, mais une formation de chambre (le Verbier Festival Chamber Orchestra), dont l’effectif de cordes relativement restreint parvient pourtant à traduire l’effervescence de la partition. Les cuivres, très à découvert, un peu brutaux et corrosifs, reflètent l’esthétique des versions sur instruments d’époque.

Mais Marc Minkowski a sa personnalité à lui. C’est un chef éminemment théâtral, qui éclaire le côté «Singspiel» de la première partie, pour densifier l’expression dans la seconde. Les tempi sont enlevés, notamment dans la «Marche» au cœur du premier acte. Certes, une ou deux répétitions supplémentaires auraient permis de solidifier la section des cuivres. Les couacs aux cors paraissent d’autant plus flagrants avec une formation de chambre, ce qui ternit la performance de certains chanteurs, en particulier celle de la soprano Ingela Brimberg dans son grand air «Abscheulicher!». De manière générale, l’orchestre a semblé plus stable dans la deuxième partie.

L’un des grands apports du festival, cette année, ce sont les surtitres, d’autant qu’il s’agit d’une version de concert. Au sein d’une distribution de haut vol, Robert Gleadow sauve la défection de René Pape en Rocco. Le baryton-basse canadien (qui chanta Masetto dans le Don Giovanni de 2009 à Verbier) compose un geôlier mordant et truculent. Sa belle voix profonde, riche en harmoniques, sonne admirablement dans la salle. Le ténor neuchâtelois Bernard Richter – très en verve! – fait valoir sa couleur princière en Jaquino, face à la Marzelline de Sylvia Schwartz, dont le timbre passablement vibré se serre dans l’aigu. Evgeny Nikitin, tout d’un bloc, l’œil retors, joue son rôle d’odieux gouverneur de prison d’Etat (Pizarro). Si le timbre paraît un peu mat, le baryton russe personnifie très bien le despote.

Ingela Brimberg, Senta mémorable dans le Vaisseau fantôme du Wagner Geneva Festival, domine le rôle écrasant de Leonore. Sa voix aux aigus percutants, parfaitement bien placés, et son instinct théâtral – sans en faire trop – en font une héroïne noble et racée. Certes, on a connu des Leonore à la voix plus ample encore, mais son «Abscheulicher!» a fière allure. Quant au ténor américain Brandon Jovanovich (Florestan), il entonne son fameux «Gott! Welch Dunkel hier!» par un pianissimo qui se développe en un fortissimo; le timbre est relativement clair. Il traduit les souffrances du prisonnier, se laisse vivre par les émotions, très éloquent dans le médium, hélas en difficulté dans l’aigu, aux écarts d’intonation. Mais au moins, l’électricité circule. Cette urgence-là fait le prix des versions concertantes d’opéras dans les festivals d’été.

Le ténor suisse Bernard Richter – très en verve! – fait valoir sa couleur princière en Jaquino