Les petites phrases lâchées mercredi par les conseillers des Etats membres ont recadré le plan sur lequel pourrait s’accorder jeudi les dirigeants des pays de la zone euro, juste avant la réunion des chefs d’Etat de l’ensemble de l’Union. Non point un sauvetage, que Berlin n’a de cesse de refuser. Mais un «filet» de sécurité, pour empêcher la Grèce de glisser plus profondément dans sa faille budgétaire.

De son côté le premier ministre grec Georges Papandréou a répété chercher un appui de ses partenaires afin de rassurer ses prêteurs sur les marchés, qui lui imposent des taux d’intérêt atteignant le double de ceux payés par l’Allemagne. Une charge additionnelle qui atténue les effets d’un plan d’austérité drastique visant à rétrécir le trou des dépenses publiques de 12,7% du produit intérieur du pays à 8,7% cette année. A en croire Simon Johnson, professeur au MIT et ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), la situation est «horrible»: si elle voulait simplement rembourser les intérêts sur ses 300 milliards de dettes, la Grèce devrait afficher un… excédent budgétaire de 10% d’ici à 2011.

Il y a urgence. La République hellénique doit retourner emprunter 10 milliards d’euros sur les marchés ces prochaines semaines. Au total, d’ici à fin mai, la Grèce doit y trouver un peu plus de 20 milliards, afin de renouveler ses emprunts existants.

Faute de mieux?

La solution appuyée par Berlin – et à laquelle Paris serait prêt à se ranger – reste celle d’un filet tendu, «dans lequel le FMI jouerait un rôle central», selon une source diplomatique européenne citée par l’AFP. Des prêts qui ne seraient activés qu’en cas de difficulté extrême rencontrée par Athènes pour emprunter sur les marchés.

La part du plan revenant au FMI reste l’objet de toutes les tractations. Le président Sarkozy souhaitait jusque-là que l’Union Eeuropéenne – et non l’institution multilatérale – orchestre le plan. Mardi, le Financial Times, citant des «officiels européens», évoquait une assistance de plus de 30 milliards, dont un maximum de 20 milliards viendrait du FMI.

«Si ce n’est pas l’Europe, ce sera le FMI; mais cette situation de blocage ne peut perdurer», estime Jean Pisani-Ferry, directeur de l’Institut de recherches européennes Bruegel. Athènes a prévenu: sans accord, elle ira frapper à la porte de l’institution de Washington. «Les négociations avec le FMI ont déjà commencé», a affirmé mardi soir à Genève, l’ancien ministre des Finances Georges Alogoskoufis.

Un recours au FMI faute de mieux? C’est la crainte exprimée par les opposants à son intervention, Banque centrale européenne en tête. En raison de la «crainte que le FMI ne serve qu’à pallier l’inaction de l’Europe», analyse Jean Pisani-Ferry. «Les pays européens ont une responsabilité vis-à-vis de leur système monétaire, ils ne peuvent se défausser sur le FMI; toute la question reste de savoir s’ils peuvent résoudre leurs problèmes», estime ce dernier.