vie numérique

Un héritage de Steve Jobs

Quelle semaine! En moins de 48 heures, le monde de la communication a connu deux chocs qui ont secoué la «vie numérique» de cette planète: un nouvel iPhone a été présenté et, deux jours plus tard, le pape de l’objet, Steve Jobs, est décédé.

Sur ces deux événements, tout ou presque a été dit. Les caractéristiques techniques du nouveau téléphone ont été décortiquées, les « smartphonopathes » qui attendaient un iPhone 5 - et qui n’ont eu «qu’un 4S» - ont largement exprimé leur déception, tout en prévoyant toutefois d’aller passer les prochaines nuits devant les Apple Store les plus célèbres pour avoir le téléphone en primeur.

Les grandes lignes du parcours de Steve Jobs aussi sont bien connues (en tout cas pour qui a lu ses livres). Quand il avait annoncé son retrait de la direction générale du groupe, fin août, les journaux avaient rempli de grandes pages sur le «bricoleur dans son garage». Hier, les aficionados de Steve Jobs ont déposé des fleurs devant les boutiques phares de la Pomme pendant que les officiels lui rendaient hommage.

Mais une question demeure: quel sera le testament de Steve Jobs? A lire les blogs, revues de presse et autres réseaux sociaux, on pourrait croire que le monde entier saluera d’abord Steve Jobs pour ses inventions visionnaires. Mais, au fond, est-ce la seule chose que l’on peut retenir de lui?

En écoutant le discours qu’il avait prononcé en 2005 à Stanford, lors d’une remise de diplômes, on peut facilement prendre conscience que, derrière le Steve Jobs entrepreneur, il y avait un autre Steve Jobs, assurément philosophe mais, surtout, profondément humain. La réflexion profonde qu’il développe par exemple sur la mort, lors de ce discours, mérite aujourd’hui que l’on s’y attarde: «Avoir sans arrêt peur de la mort est le meilleur moyen de penser que l’on a quelque chose à perdre», expliquait-t-il. Et il poursuivait: «La mort est probablement ce que la vie a inventé de mieux. Elle nous débarrasse de l’ancien pour faire place au neuf.»

Il expliquait également que, chaque matin devant sa glace, il se posait cette question fondamentale: «Si ce jour était le dernier, est-ce que j’aurais vraiment envie de faire ce que j’ai l’intention de faire?» Et si la réponse était “non” plusieurs jours de suite, eh bien c’est qu’il était temps de changer d’activité.

La symbolique d’un nouvel iPhone arrivant juste avant la mort de son créateur nourrira peut-être un jour une dramaturgie saisissante dans l’histoire du monde virtuel. La place laissée à la philosophie du génial concepteur ne doit pas pâtir de celle qu’ont prise ses «enfants». L’iPhone ne se résume pas à quelques grammes de métal et de plastique, n’en déplaise aux analphabètes de l’informatique. Il rend service à ses millions d’acheteurs. Les messages de vie de Steve Jobs méritent également l’attention d’autres millions de personnes, avec ou sans smartphone.

On peut parier que mercredi encore, devant sa glace et à sa question quotidienne, Steve Jobs a répondu «oui».

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