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Un pays bien ancré dans l’Europe

Les attaques virulentes proférées la semaine dernière par des responsables européens au sujet de la situation financière critique de la Grèce ont agacé. Malgré l’impact modéré de leur économie sur l’euro, les Grecs ont l’impression d’avoir fait les frais d’une crise à bon marché pour, en réalité, mettre en garde les autres Etats membres de l’Union européenne, accablés eux aussi par des déficits et une dette élevés. Allusion à l’Espagne, à l’Italie, au Portugal et, dans une moindre mesure, à la France et à la Grande-Bretagne. Cette crise a-t-elle distendu les rapports entre Athènes et Bruxelles?

«Non, en aucun cas. Mais cette crise a montré l’une des faiblesses de l’eurozone», argue Loukas Tsoukalis, président de la Fondation hellénique pour la politique européenne et étrangère et conseiller du président de la Commission européenne José Manuel Barroso. A Athènes, on déplore une obsession monétariste liée à l’euro et le manque de coordination des politiques fiscales et économiques des Etats membres de l’UE. Loukas Tsoukalis met la crise actuelle en perspective: «Les critères de Maastricht (3% de déficit public et 60% de dette par rapport au PIB) correspondaient à l’orthodoxie de l’époque. C’était un mécanisme prévu pour une période de beau temps.»

Le courroux une fois passé, les Grecs ne regrettent pas une seconde d’avoir adhéré à l’UE en 1981 avec l’aide du président français Valérie Giscard d’Estaing et du chancelier allemand Helmut Schmidt. «La Grèce a gagné en confiance dans un voisinage longtemps instable. Elle a profité des échanges d’expériences au niveau de l’administration, des universités et des syndicats. Les fonds structurels de l’UE ont beaucoup aidé la Grèce. Ils ont représenté jusqu’à 4% du PNB grec. Quant à l’adhésion à l’euro, ce fut un succès pour la Grèce. Je n’ose pas imaginer aujourd’hui la situation si nous avions encore la drachme

Du côté de Bruxelles, l’utilisation des fonds structurels par la Grèce a parfois été la source de vives tensions. Les gouvernements grecs successifs, y compris celui d’Andreas Papandréou, n’ont pas toujours spécifié aux bénéficiaires qu’il s’agissait de fonds européens et qu’ils devaient être utilisés à une fin précise. D’où l’impression qu’ils ont servi à des fins politiciennes et clientélistes.

Par rapport à l’Europe, la Grèce n’est pas que demandeuse. Elle contribue aussi au développement des Balkans. Selon Spyros Kouvelis, vice-ministre des Affaires étrangères, Athènes a mis sur pied un programme d’aide aux pays des Balkans et de l’ex-Yougoslavie dénommé HiPERB. «Notre but est que tous ces pays soient membres de l’UE en 2014, année de la présidence tournante grecque. Après la guerre du Kosovo, ce serait un événement historique», se réjouit-il. Aujourd’hui déjà, les entreprises grecques sont les plus grands investisseurs aussi bien en Serbie qu’en Albanie. «Nous voulons faire office de pont entre Bruxelles et les Bal­kans. Une stabilité politique de la région, conclut Spyros Kouvelis, est dans notre intérêt.»

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