Le Temps: Les nouveaux espaces du musée genevois vont porter le nom de la Fondation Gandur pour l’art. Que dites-vous à ceux qui trouveront que ce n’est pas dans les habitudes suisses de discrétion?

Patrice Mugny: C’est vrai. Mais quand nous avons des dons, il y a des salles, il y a des plaques qui portent le nom des donateurs. Quand un privé apporte une contribution de cette importance, cela ne me pose aucun problème. Ce n’est pas comme s’il y avait un droit de regard sur l’utilisation que le musée fait de ses propres collections.

– Selon vous, comment va réagir la population par rapport à cet accent mis sur l’intervention privée?

– Je crois avoir fait mon travail pour que le MAH puisse être agrandi et cela aurait été dommage de se contenter d’une simple rénovation. La proposition est claire. La convention signée jeudi avec M. Gandur n’est pas secrète. Tous les membres du Conseil municipal l’auront et tout le monde pourra la lire. Si ça passe mal, s’il y a des oppositions – qui s’exprimeront sans doute au moment du vote du Conseil sur les crédits de construction – je rappellerai que plus des trois quarts des collections de la Bibliothèque, du MAH, du Musée d’ethnographie, viennent du privé et sont des dons. Si le privé n’a pas sa place dans ces institutions, alors pourquoi ne pas dire qu’il faut les rendre.

– Ce financement à hauteur de 80 millions pour le MAH risque-t-il de déséquilibrer l’effort culturel de la Ville de Genève? Est-ce «tout pour le MAH»?

– Absolument pas. Les collectivités publiques mettent beaucoup plus d’argent dans l’agrandissement du Musée d’ethnographie que dans cette opération. Il n’y a que 8 millions qui viennent du privé sur 70 millions, plus que les 40-45 millions du MAH et il y a aussi les 70 millions de la nouvelle Comédie de Genève.

– La fortune qui va contribuer aux projets du MAH vient d’activités dans le domaine du pétrole réalisées en grande partie en Afrique. Y a-t-il la moindre contradiction avec vos convictions personnelles?

– Je suis très content de cette question. Quand cette proposition est arrivée, je me suis renseigné. L’un de mes amis, Philippe Roch, dont le moins qu’on puisse dire est qu’on ne peut pas contester son engagement pour l’environnement – il a été directeur de l’Office fédéral de l’environnement et président du WWF international – m’a dit: si tous les entrepreneurs étaient aussi soucieux des questions sociales et environnementales que M. Gandur, le monde irait mieux. On est dans les affaires, on est dans le pétrole, mais pour l’instant, même si je n’en suis pas fan, le pétrole est nécessaire y compris pour le chauffage. Si un homme d’affaires a gagné beaucoup d’argent et veut faire du bien à la culture, je ne vois pas pourquoi je dirais non.