Des sites violents aux sites pornographiques, Internet est une véritable jungle où les parents ne voudraient guère que leurs enfants se perdent. Le hic, c'est que les logiciels actuels de navigation ou de filtrage ne donnent toujours pas de résultats satisfaisants. Selon un test effectué l'an dernier par le magazine français 60 millions de consommateurs, les 12 logiciels les plus utilisés ne parvenaient en moyenne à bloquer l'accès qu'à 60% des sites dont le contenu est réservé pour adultes. Un nouveau logiciel développé par des étudiants de l'EPFL pourrait bientôt apporter une solution à ce casse-tête pour les parents.

Un espace récréatif

En février dernier, Sylvain Paillard, étudiant en 3e année de l'Ecole polytechnique, réunit autour de lui six autres étudiants au sein d'une cellule de recherche et de développement de la Fondation Icarius. Cette toute nouvelle fondation, destinée à faciliter la concrétisation de projets d'étudiants de l'EPFL, est tout de suite intéressée par le projet de l'équipe, baptisée Evermore: créer un nouveau navigateur Web pour enfants incluant des filtres d'un nouveau genre. Dans une ambiance «un peu start-up», comme Stephano Pennese, le chef de projet d'Evermore, le reconnaît volontiers, l'équipe investit la quasi-totalité de son temps libre pour développer un logiciel, eyeKIDS, dont la première version est déjà prête.

Conscients de devoir régater face à des logiciels pour enfants déjà solidement établis sur le marché, les étudiants ont créé un système particulièrement complet et novateur sur plusieurs points. Le nouveau navigateur – qui se base sur Mozzila, utilisé par le futur défunt Netscape –, comporte un petit environnement autour de la fenêtre Internet à proprement parler. Celui-ci constitue un espace récréatif pour l'enfant, où il peut par exemple jouer avec un petit singe, marquer des points et comparer ses scores en ligne avec d'autres internautes. Il sera à terme possible de télécharger de nouveaux environnements et donc de nouveaux jeux. Ce navigateur au graphisme très ludique comporte les trois boutons de base: précédent, suivant et accueil.

Au niveau du contrôle, le parent peut définir une grille horaire de surf pour chacun de ses enfants, consulter la liste de tous les sites visités, et définir une liste de mots interdits qui ne pourront jamais être envoyés via Internet, tel le nom, l'adresse, le numéro de téléphone, etc. Pour qu'un site soit accessible à un enfant, il faut qu'il obtienne deux, voire même trois feux verts. EyeKIDS va d'abord déterminer s'il fait partie de la base de données, créée par Evermore, des sites interdits qui grandit jour après jour selon les sites que les enfants visitent. Si le site ne figure pas dans la base de données, il sera soumis à un filtre développé avec l'aide d'un professeur de l'EPFL. Ce filtre analyse les sites selon plusieurs milliers de critères afin de déterminer leur contenu. Le parent peut alors déterminer le taux de confiance qu'il accorde à ce filtre. En fonction de ce taux, le parent devra ainsi plus ou moins souvent intervenir pour permettre ou non à l'enfant d'accéder à un site. A noter que EyeKIDS communique à chaque connexion avec la base de données centrale, de façon à améliorer à chaque fois sa fiabilité.

C'est cette actualisation permanente, ainsi que le choix donné aux parents dans leur implication sur le contrôle, qui devrait permettre, d'après ses créateurs, à EeyeKIDS de se faire une place sur le marché. «Aucun logiciel ne remplacera jamais la présence d'un adulte», concède Sylvain Paillard. «Mais nous espérons contribuer à l'amélioration de la protection des enfants sur Internet.» EyeKIDS sera disponible à l'automne aux alentours de 50 francs, et pourrait à terme s'enrichir de solutions de protection pour la messagerie. Les étudiants caressent aussi le rêve de se lancer dans le e-learning et de créer une société à partir de leurs projets.