«Va chercher, Lycos!» Qui se souvient du chien noir symbolisant ce qui était l’un des moteurs de recherche sur Internet les plus en vue, vendu pour 12 milliards de dollars à une filiale de Telefonica en 2000? Lycos a été cédé il y a deux ans à un groupe indien. Pour une trentaine de millions.

La mise en bourse de Netscape en 1995 – perdant 4 millions de dollars par semestre, le navigateur internet vaut alors 3 milliards – est souvent présentée comme le chapitre fondateur des folles années 90. Entre 1995 et 2000, le Nasdaq, marché boursier américain indépendant dédié à cette «nouvelle économie», voit son niveau quintupler. En Europe, la cotation au tournant du siècle de World Online – fournisseur d’accès internet dont l’initiatrice, Nina Brink, avait pris soin de quitter le navire juste avant – couronna ces années de tous les excès.

Insaisissables bulles

L’entrée en bourse de Facebook relance immanquablement les craintes d’une «bulle Internet 2.0». Comme en 2004, avec la cotation de Google, ou en 2007, au moment où une autre bulle – immobilière et largement ignorée – était en train de se fissurer. En quinze ans, les temps ont radi­calement changé. Exemple? Le secteur minier, considéré aujour­d’hui comme l’un des plus dynamiques, était alors vu comme une survivance du XIXe siècle.

«Des échecs retentissants, il y en a eu des dizaines, mais cette époque a aussi vu naître des groupes – Google, Amazon ou EBay – dont la valeur boursière combinée dépasse 350 milliards de dollars», témoigne Benoît Flamant, directeur général de la maison d’investissement IT Asset Management. «Depuis 2008, les milieux financiers évoluent dans un environnement anxiogène et les mises en bourse ne se multiplient que lors de rares fenêtres de tir; comme l’an dernier avec Linkedin, Pandora, Groupon ou Zynga», tempère le financier parisien.

Pourquoi est-il si difficile de mettre un prix sur ces nouvelles technologies? «Parce que ces ruptures techniques – elles se sont multipliées depuis 2007 – sont parfois radicales au point de donner naissance à un marché inconnu, puis à un géant disposant d’un quasi-monopole et faisant plonger les autres groupes en place: pensez à l’informatique en nuage», décrit Benoît Flamant. «C’est le risque, mais aussi l’intérêt de ce secteur», ajoute celui qui écume le secteur depuis quinze ans.