Sur les réseaux

Une mouche s’abat sur François Hollande

Alors, ce grand oral? La Toile a commenté en direct la 5e conférence de presse de François Hollande. Sans que la conversation vole toujours très haut

Plus de 24 000 messages estampillés #ConfPR en deux heures d’intervention, plusieurs milliers supplémentaires si on compte aussi les #BILANHOLLANDE, #Elysée et autres #Hollande: François Hollande a fait un carton d’au­dience sur Twitter pendant sa conférence de presse, hier, qui a commencé et s’est terminée à l’heure –

se moque ce journaliste… Une séquence commentée en temps réel par des milliers de voix plus ou moins sceptiques et moqueuses, et qui a fait mouche, si on ose dire: de nombreux internautes qui suivaient la conférence n’ont en effet pas manqué de repérer la drosophile qui s’est attardée un moment sur le front présidentiel, faisant l’analogie avec le pigeon qui s’en était pris à la veste de François Hollande lors de la marche pour Charlie Hebdo le 11 janvier.

On trouve même sur Internet monté en boucle le passage de la mouche s’abattant sur le président – elle s’est finalement enfuie toute seule.

A ceux qui se moquent, on rappellera que Barack Obama a subi la même mésaventure lors d’un entretien à la télévision, en 2009: il avait alors occis d’une main sûre le disgracieux perturbateur. L’incident fut vite oublié.

Signe que le combat politique s’est installé sur la Toile, l’UMP a multiplié pendant les deux heures de l’intervention les panneaux photo percutants sur Twitter, reprenant les promesses et les engagements du président socialiste pour les opposer aux chiffres: «Il a dit: Je favoriserai l’emploi en France, et il a fait: 20% de chômeurs en plus depuis son élection», peut-on lire. Ou encore: «Il a dit: Je veux une République exemplaire et il a fait: Jérôme Cahuzac, Thomas Thévenoud, Aquilino Morelle, Yamina Benguigui» – il y a cinq lignes de noms comme cela… Un fact checking accommodé à la sauce politique, qui montre que l’unité nationale de l’après-attentats est bien finie.

On les voit sur une photo,
ils sont cinq, penchés sur leurs écrans, certains très appliqués: ce sont les jeunes de l’UMP réunis au siège du parti de l’opposition qui ont alimenté ce live tweet «sans con­ces­sion», disent-ils, entamé dès le matin: «A 11 heures, ne manquez pas François Hollande dans le 312e épisode de la série «Ma priorité, c’est le chômage.» Le tout sous le hashtag «#BILANHOLLANDE» écrit en lettres capitales, une véritable agression pour les yeux (sur Twitter, la majuscule EST UN CRI!). «Pas souvenir d’un glorieux #BilanSarkozy après cinq ans», philosophe un «nanoblogger scientifique», comme il se décrit…

Toujours sur Twitter, un Tweetvote a été organisé – avec bien trop peu de participants pour qu’il ait une quelconque valeur: 2 personnes convaincues pour 63 qui ne le sont pas…

François Hollande a-t-il réussi son pari? Les plus roublards des journalistes ont décortiqué l’exercice en y identifiant les passages obligés - la minute unité nationale, le passage «l’esprit du 11 janvier m’a transformé» le passage fendage d’armure…

Assez démoralisant, pour un exercice qui pourrait être plus spontané et interactif, à l’américaine, mais qui est toujours extrêmement convenu et frustrant. Plusieurs journalistes étrangers ont d’ailleurs regretté n’avoir pas eu l’occasion de poser leurs questions, devant céder la préséance à leurs collègues français… Et on sait que les questions sont triées.

Certes il y a eu la priorité donnée à l’éducation, l’annonce d’un contrat civique avec service universel pour les jeunes, l’annonce d’une agence nationale de développement économique, les propos sur la Grèce, la lutte contre le terrorisme, le voyage en Ukraine et à Moscou avec Angela Merkel… Mais. La plupart de ces mesures étaient connues, seul le voyage à Kiev a surpris. Une certaine déception, donc. «Pas assez de questions à cause de réponses trop longues et parfois répétitives. L’exercice est décidément démodé», se désole une journaliste.

Les réseaux bruissent, les mouches volent, et la caravane passe.