Le tremblement de terre qui a dévasté Haïti est aussi une tragédie pour les Nations unies. C’est le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui en faisait le constat mercredi, alors qu’au moins 150 employés de l’ONU étaient toujours portés disparus après que le bâtiment de 5 étages qui servait de quartier général à l’organisation s’est écroulé comme un château de cartes à Port-au-Prince. «Nous avons besoin d’aide pour secourir ceux qui sont eux-mêmes chargés d’apporter de l’aide», résumait Martin Nesirky, le porte-parole du secrétaire général.

Mercredi, seule une dizaine de corps, cinq d’entre eux sans vie, avaient été retirés des décombres du Christopher Hotel, comme on appelait l’édifice. Le nombre de morts, estimait-on à New York, pourrait dépasser la centaine. Au moment du séisme, le chef de la mission de l’ONU, le Tunisien Hesdi Anabi, se trouvait lui-même dans le bâtiment. Le secrétaire général Ban Ki-moon a expliqué que son équipe avait tenté sans succès de l’atteindre par téléphone satellite mercredi, mais l’ONU se refusait à confirmer sa mort, pourtant annoncée auparavant par le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner.

Soldats chinois et brésiliens

Depuis 2004, les Nations unies maintiennent à Haïti un large contingent de Casques bleus chargé de stabiliser le pays. Ces soldats de la paix ont leur quartier général à l’extérieur de la capitale, dans un bâtiment qui a résisté au tremblement de terre. Mais aussi bien le Brésil que la Chine ont d’ores et déjà annoncé des victimes parmi leur contingent national. Les secouristes chinois semblent être les premiers à être arrivés sur place mercredi. La Chine avait dépêché en Haïti 125 Casques bleus et Pékin a confirmé la mort de dix d’entre eux. Quant au Brésil, il est le plus gros contributeur à la force des Nations unies, dont il dirige la composante militaire, avec 1266 soldats.

Selon les Nations unies, pourtant, au moins 3000 Casques bleus étaient à pied d’œuvre mercredi pour assurer des tâches de secours ou pour tenter de faire régner un certain ordre dans le chaos de la capitale dévastée. Comme le rappelait John Holmes, le coordinateur de l’aide humanitaire d’urgence de l’ONU, «plus nous pouvons compter sur les capacités du pays, plus le secours est efficace». Or, reconnaissait-il, les capacités d’Haïti, récemment frappé de surcroît par des ouragans meurtriers, «sont extrêmement limitées».

Stabilité politique

En sept ans, la mission des Nations unies en Haïti a déjà coûté plus de 5 milliards de dollars. La poursuite de ce programme a été largement contestée par certains donateurs, au sein d’une organisation dont les finances ont été durement frappées par la récession économique. Mais l’ONU, dont le quartier général était l’un des seuls emblèmes d’un pouvoir stable, aux côtés du palais présidentiel lui aussi détruit, jouait un rôle que l’actuel secrétaire général Ban Ki-moon voyait au contraire accroître et qui devait permettre à Haïti de s’échapper de la liste des «Etats faillis». Plus qu’une mission de «maintien de la paix», l’ONU s’est surtout chargée dans le pays d’affaires de police. Ce sont ainsi les soldats de l’ONU qui étaient au premier rang pour combattre la violence des gangs qui a infesté Port-au-Prince au milieu de la dernière décennie. Au sein de l’ONU, on met en avant le fait que, pour rester l’un des pays les plus pauvres du continent américain, Haïti était en train de montrer de timides signes de croissance économique ces derniers temps, grâce notamment à la poursuite du soutien international.