Editorial

Derrière les «licornes», un risque de bulle limité

C’était le 10 mars 2000. Ce jour-là, le Nasdaq, l’indice phare des valeurs technologiques de la bourse de New York, clôturait à un plus haut historique: 5048,62 points. Immédiatement après, la bulle Internet éclatait, entraînant avec elle un nombre record de faillites de start-up.

Quinze ans plus tard, en toute discrétion, le Nasdaq battait ce record. Le 23 juin dernier, l’indice atteignait 5160,10 points. Il flirte aujourd’hui avec les 5000 points, et des voix de plus en plus nombreuses redoutent le retour d’une bulle high-tech. Ces cassandres observent les indices boursiers. Elles scrutent aussi avec inquiétude la multiplication des «licornes», ces sociétés, non cotées, valorisées plus d’un milliard de dollars chacune. C’est un monde totalement opaque: nul ne sait avec certitude combien elles sont, et seule une poignée d’investisseurs s’entend pour fixer, après chaque tour de table, leur valeur.

Il y a bien sûr Uber et ses quelque 50 milliards de dollars. Mais aussi une multitude de start-up, souvent actives dans les services en ligne, dont certaines se copient sans vergogne.

Un indice qui atteint des sommets, des valorisations établies en petit comité… Et pourtant, le risque de bulle est extrêmement limité. D’abord parce que la hausse récente du Nasdaq n’a rien d’exponentiel – depuis le printemps 2009, elle suit une progression régulière, loin du pic de 1999.

Ensuite, il n’y a aucun optimisme béat par rapport aux sociétés high-tech cotées depuis peu. Prenons Twitter: le service a beau compter 300 millions d’utilisateurs actifs, être en situation de quasi-monopole sur son marché, son action a perdu 14% depuis son entrée en bourse, en novembre 2013. Les investisseurs espéraient des bénéfices – ou au moins un modèle d’affaires – ils attendent encore et sanctionnent la société en bourse.

C’est aussi avec rigueur que les «licornes» sont scrutées. Certaines disparaîtront sans doute avant une possible cotation – et dans ce cas, seul quelques investisseurs perdront leur mise. Mais la plupart perdureront, d’autant qu’il y a encore beaucoup de places à prendre. L’Internet de 2015 n’a rien à voir avec celui de 1999. Un chiffre: le nombre d’internautes au niveau mondial est passé de 400 millions à 3 milliards. Lancer une société est devenu plus facile. Mais trouver la bonne idée est certainement devenu, aussi, plus compliqué.