Sur les réseaux

Si même la CIA twitte des photos de chats…

Pour son premier anniversaire sur le réseau, l’Intelligence confirme qu’elle entend bien garder ses secrets. Mais avec beaucoup d’humour

Evidemment, à force d’espionner le monde entier, la Central Intelligence Agency (CIA; @CIA sur Twitter) a fini par maîtriser la technique lol («mort de rire») sur le bout des doigts. A l’occasion du premier anniversaire de son compte de gazouillis, la grande maison de Langley vient de lancer une très jolie opération de comm’ en publiant un «feuilleton» en cinq épisodes, à l’enseigne du classique #Twitterversary.

Cinq tweets qui sont autant de bonnes raisons de suivre ledit compte, selon l’agence. Cinq micromessages publiés en chaîne le 10 juin, dont le premier est le plus spirituel. On y voit un roux Raminagrobis tapotant de ses coussinets un clavier situé face à un écran où s’affiche le compte de microblogging de la CIA, avec ce commentaire: «Bon… Peut-être que nous serons à court d’histoires et que nous devrons twitter des photos de chats.» Trop fort. Avec un mot-dièse imposé fait pour attirer le chaland, #CIACat, qui a vite donné naissance à un #KGBCat, le même félin, mais coiffé d’une martiale casquette d’espion soviétique du temps de la Guerre froide.

Deuxièmes tweet et bonne raison de suivre @CIA: «Vous en saurez davantage sur notre riche histoire et les Américains ordinaires qui font des trucs extraordinaires.» Avec le hashtag #HISTINT, qui renvoie au compte de l’Historical Intelligence Association, escorté d’une adresse URL aboutissant sur les archives de la CIA.

Troisième tweet, plutôt malin et quasi «domestique» voire mythologique, puisqu’il évoque Kryptos, cette sculpture de Jim Sanborn sise dans l’enceinte du quartier général en Virginie qui fait l’objet, depuis son inauguration en 1990, de nombreuses discussions sur les messages chiffrés dont elle est recouverte. «Qui sait, disent les Intelligents, un jour nous pourrions twitter la solution de Kryptos.» Et une autre URL conduit cette fois à la page dédiée aux «unbreakable codes» et à l’ «international intrigue» de l’œuvre en question.

Le quatrième tweet joue, lui, sur les clichés liés aux barbouzes en affichant le message ci-dessus, caviardé à l’aide de deux rectangles noirs: «Au cours de notre deuxième année [sur Twitter], nous allons...

#LOL. #MDR, vraiment!

Cinquième tweet, enfin, l’ultime qui clôt l’opération avec panache, dans une somptueuse mise en abyme: «Certains de nos followers tiennent les théories du complot les plus divertissantes qui soient sur le Net.» Une manière de rester totalement dans le sujet, avec une bonne dose de deuxième degré. Surtout que le dernier mot-dièse, #aliensinthebasement («des aliens au sous-sol»), sous-entend que les extraterrestres sont déjà dans la place...

Ce n’est pas la première fois que le community manager de l’agence gouvernementale qui sait le mieux utiliser les réseaux sociaux fait des siennes. Le 6 juin 2014, son premier micromessage, retwitté près de 300 000 fois, avait déjà marqué les esprits «Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer qu’il s’agit de notre premier tweet.»

Et pour célébrer son premier mois complet sur le réseau en juillet, la CIA avait pris un moment pour répondre aux «questions les plus fréquemment posées» à l’agence. Pour assurer qu’elle ne connaissait pas votre mot de passe. Une campagne complètement décalée en plein scandale sur le système de surveillance de la NSA.

Au final, est-ce bien sérieux, tout cela? De fait, si son compte est bel et bien certifié, la CIA n’y a jamais dit grand-chose en une année: il s’agit bien d’un service de renseignement.