Vous trouvez les ordinateurs très pratiques (quand ils fonctionnent). Vous allez chercher des mélodies sur Internet pour les enregistrer en format MP3, mais vous vous fichez éperdument de savoir ce que signifie MP3. Vous commandez parfois des livres sur Internet ou vous réservez des places dans des avions «low-cost». Vous avez un appareil photo numérique et vous voudriez pouvoir effectuer quelques petites corrections sur vos clichés avant de les développer sans avoir à vous servir de Photoshop, dont le prix et le mode d'emploi vous dépriment.

Vous adorez courir les magasins, sauf les boutiques informatiques, où vous vous sentez ridicule et incompétent en regardant le matériel sophistiqué empilé dans un joyeux désordre. Vous ne distinguez pas une barrette mémoire d'une carte mère. Vous avez osé franchir la porte parce que votre ordinateur portable refuse de vous obéir, mais vous vous approchez du comptoir la bouche sèche. Vous cherchez la formule adéquate pour décrire la panne en sachant bien que vous n'y arriverez pas. Et vous vous préparez à sortir, après de longues minutes d'attente et d'angoisse, juste au moment où une voix vous rattrape: «Que puis-je faire pour vous?»

Vous êtes déjà dehors et vous ruminez cette vieille histoire d'automobiliste misogyne, en vous disant qu'elle vous concerne. Un matin, une femme monte dans sa voiture, une Coccinelle, et n'arrive pas à démarrer; elle ouvre le capot avant et regarde à l'intérieur: «Ciel, dit-elle, on m'a volé mon moteur!» Elle contourne le véhicule; elle ouvre le coffre et soupire, soulagée: «Heureusement, ils m'en ont mis un autre à l'arrière».

Si vous vous êtes reconnu dans ce portrait, vous êtes le client qui a servi de modèle pour le nouveau magasin d'informatique et de nouvelles technologies qui vient d'ouvrir à Paris, boulevard Saint Germain, la Fnac Digitale. Vous êtes «techno-réfractaire», mais vous voulez un portable, un palm, un appareil photo numérique, un home-cinéma, le tout sans vous casser la tête, et vous êtes solvable.

«Dans les magasins spécialisés, les notions de vulgarisation et de pédagogie manquent», explique Eric Mangé, le responsable de la communication de la FNAC Digitale, «c'est ce qui fait peur au consommateur. Ici, nous voulons que le consommateur se sente réellement à l'aise. Qu'il soit libre de toucher, de manipuler. Qu'il puisse accéder aux machines directement, sans demander l'aide d'un technicien. Le démonstrateur n'est là que pour expliquer, et il ne s'approche que s'il perçoit un signe. Les gens qui viennent acheter du matériel pour la photo numérique peuvent tester eux-mêmes les machines qui sont exposées. Ils peuvent tirer des clichés sur les imprimantes. C'est un nouveau concept de magasin. Bien sûr, il y aura toujours des boutiques spécialisées pour les bidouilleurs et pour ceux qui veulent assembler leur équipement à la carte. Nous savons aussi le faire, mais ici, nous présentons surtout des produits complets dans un environnement qui est aussi proche que possible de celui que le consommateur retrouve chez lui. Nous avons créé des dispositifs qui correspondent à des utilisations pratiques.»

Disparus les murs dressés devant les visiteurs avec toute une gamme d'appareils et toutes les marques disponibles (indéchiffrable!). Disparues les alvéoles spécialisées dans telle ou telle technique qui obligent à parcourir un labyrinthe pour choisir successivement son portable, son imprimante, ses câbles de liaison, et ses consommables (fatigant!). Dans ce nouveau magasin, et sur deux étages (le premier consacré à la micro-informatique; le second aux produits nomades – téléphones, assistants personnels, appareils photo numériques, camescopes – et home-cinéma) tout est disposé à l'horizontale, sur des tables qui permettent de toucher et de comparer les modèles. A chaque étage, dans une grande rotonde vitrée, les produits sont installés dans les conditions d'utilisation réelle, par exemple un ordinateur relié à un appareil photo et à une imprimante. Des rotondes dont le nom, «carrousels de techno-convergence», rappelle que l'informatique reste encore un univers pour initiés (mais vous l'êtes, ou vous allez le devenir, c'est du moins ce que sous-entend cette expression sortie d'un bureau de marketing). Le Web-Café (accès Internet gratuit) expose de l'art numérique contemporain. Et les produits «d'exception» (de très haut de gamme) sont présentés dans des vitrines cylindriques transparentes, aussi élégantes que celles des plus grands parfumeurs parisiens.

La FNAC Digitale est destinée à ceux qui veulent acquérir les technologies dernier cri sans avoir besoin de savoir comment ça marche sous le capot. Les études de marché montrent qu'ils sont de plus en plus nombreux.