Un autre environnement pour la campagne des Verts

Elections Le tournant énergétique est la clé de voûte du programme du parti écologiste

Les Verts se réunissent samedi à Liestal (BL) pour adopter leur plateforme électorale 2015. Le catalogue des priorités présenté par la direction du parti dans le but de renforcer sa représentation à Berne ou, au moins, d’y maintenir ses 17 sièges (dont 2 au Conseil des Etats) comprend seize points répartis en cinq chapitres, dont les principaux sont l’environnement et la qualité de vie.

L’établissement de ce programme politique est «un exercice de démocratie participative, un gigantesque brainstorming qui permet d’additionner les sensibilités et les points de vue et dont le résultat final peut paraître hétéroclite. Mais c’est un instantané de ce qui motive nos membres aujourd’hui», résume la coprésidente du parti Adèle Thorens Goumaz.

L’aspect participatif est tel que le titre du programme et le slogan électoral ne seront arrêtés que lors de l’assemblée de samedi. Dans un premier temps, la plateforme devait s’appeler «Changer la Suisse. Voter Vert», puis, sur proposition de la section neuchâteloise, c’est devenu «Une autre Suisse est possible». Et ce sera vraisemblablement encore autre chose. Les délégués sont par ailleurs invités à se prononcer sur une identité graphique unique.

«Parti anti-populiste»

Perçus souvent comme mono-thématiques, comme un parti de niche dont les résultats électoraux sont en dents de scie, les Verts mettent logiquement l’accent sur la défense de l’environnement. Mais dans une perception plus large, nuance Adèle Thorens. L’environnement, c’est à la fois le tournant énergétique, la qualité de vie, la gestion durable des ressources et l’économie verte. Ce dernier point est un demi-succès inattendu pour les Verts. Lorsqu’ils ont lancé leur initiative populaire «Pour une économie verte», personne ne les a pris au sérieux, notamment parce que ce texte paraissait abstrait.

Mais il a fait son chemin au point de recevoir l’honneur de se faire opposer un contre-projet (indirect) par le Conseil fédéral lui-même alors que, habituellement, les initiatives lancées par les écologistes sont rejetées sans autre forme de procès par le pouvoir politique. L’utilisation rationnelle et durable des ressources est une préoccupation largement partagée. Adèle Thorens s’en réjouit et assure que les Verts continueront de se profiler «sur des thèmes que personne ne connaît encore, comme ce fut le cas avec l’économie verte. Nous sommes un parti anti-populiste par excellence.»

Réforme fiscale écologique

Les Verts ne relâchent pas la pression sur la fermeture des centrales nucléaires, car le Conseil national n’a pas pris de décision ferme à ce sujet. Ils maintiennent leur initiative populaire. Le programme électoral insiste en outre sur la nécessité de limiter l’extension des petites centrales hydroélectriques. «Nous avons fait une concession pour l’hydroélectricité, car il faut pouvoir développer les énergies renouvelables si l’on veut sortir du nucléaire sans recourir au gaz. Mais ce compromis n’inclut pas les petites centrales», insiste Adèle Thorens.

La mise en œuvre stricte de la Lex Weber et la nouvelle législation sur l’aménagement du territoire sont deux autres points importants du programme. Celui-ci, curieusement, ne parle pas de l’exploitation des sous-sols et des gaz de schiste, un thème qui «monte». Cet oubli sera réparé, promet Adèle Thorens.

A moyen terme, les Verts militent pour une réforme fiscale écologique qui, par un système de taxes dont les recettes leur seront redistribuées, incitera les citoyens à modifier leurs comportements.

Afin de maintenir la pression sur ce sujet aussi, les Verts recommanderont samedi de soutenir l’initiative vert’libérale qui veut remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie. Adèle Thorens concède néanmoins que cette initiative est «imparfaite», car le ménage fédéral ne peut pas se passer des recettes de la TVA (22,5 milliards sur 60,6).

Mais les Verts et les Vert’libéraux doivent rester deux partis distincts. Pour marquer cette différence, le chapitre de la plateforme qui dit que «les Verts sont le parti des droits fondamentaux et des valeurs libérales» sera rebaptisé «Parti des libertés et des droits fondamentaux», à la demande de la section vaudoise.

Les relations avec l’UE continuent d’être un casse-tête pour le parti, qui traîne derrière lui le boulet de son opposition à l’EEE en 1992. Adèle Thorens assure que la situation a été «pacifiée» à l’interne il y a quelques années. Et qu’aucune divergence n’émergera à propos de la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration. «Le maintien de la voie bilatérale est primordial», assure la coprésidente.

La position des Verts à propos des relations entre la Suisse et l’UE a été pacifiée, affirme Adèle Thorens