Initiative anti-minarets

La victoire qui embarrasse l’UDC

Le parti a le triomphe modeste. Des divisions risquent de surgir

Dans une partie des rangs de l’UDC, le malaise est palpable. Si le parti se «réjouit», dans un communiqué officiel, du «oui clair» du souverain à l’initiative anti-minarets, beaucoup de démocrates du centre ont le triomphe bien plus modeste. Et certains semblent dépassés par l’événement. «Ce n’est pas l’UDC qui a lancé cette initiative populaire», s’empressent de préciser, de prime abord, la plupart des élus interrogés. Tous reconnaissent ensuite que le parti, qui a soutenu massivement ce texte lors de son assemblée générale du 3 octobre à Genève, a fini par en porter la responsabilité…

En réalité, l’initiative lancée par le Comité d’Egerkingen, composé de quatorze UDC et de deux membres de l’UDF, embarrasse le parti depuis le départ. Christoph Blocher lui-même n’a pas caché son opposition à ce texte. Il s’est d’ailleurs éclipsé lors du vote des délégués à Genève. Quant au président de l’UDC, Toni Brunner, il n’a pas dit un mot sur cette question. Il n’empêche: en fin de compte, les démocrates du centre se sont finalement prononcés par 288 voix contre 3 et 3 abstentions en faveur de l’initiative anti-minarets. Et si le parti n’a, officiellement, pas mis un centime dans la campagne, ses rangs se sont fortement engagés en faveur du oui. «J’ai passé mon automne à punaiser des affiches», souligne ainsi le vice-président du parti, Yvan Perrin.

Pas de nouvelles initiatives

«C’est vrai que le parti a fini par soutenir massivement ce texte…», reconnaît l’UDC bernois Jean-Pierre Graber. Avant d’ajouter qu’«il y a certainement eu beaucoup de gens à gauche qui ont également glissé un oui dans l’urne». Le sénateur démocrate du centre schaffhousois Hannes Germann résume toutefois parfaitement l’état d’esprit d’une partie de sa formation: «J’aurais également été heureux si l’initiative avait récolté 49% d’avis positifs.»

L’UDC est-elle prête à assumer les conséquences de ce résultat? Le Vaudois Guy Parmelin s’efforce tant bien que mal d’en minimiser la portée. «Il faudra bien expliquer, à l’étranger, que les musulmans auront toujours le droit de pratiquer leur religion en Suisse. Car la portée émotionnelle de ce texte est bien moins forte que ce que ses opposants ont voulu faire croire.» Cela étant, admet Guy Parmelin, refusant de préciser s’il parle pour lui-même, «il y a certainement certains UDC qui souhaitaient ce débat, mais qui sont aujourd’hui sur la réserve».

Craintes pour l’économie

Yvan Perrin ne veut pas croire, lui non plus, à «un bouleversement majeur.» Mais selon le Neuchâtelois, il n’est pas nécessaire de poursuivre avec d’autres initiatives de ce type. «Ce n’est pas un message contre l’islam.» Quant aux éventuelles conséquences de ce oui, «s’il y a des risques pour la sécurité, souligne encore Yvan Perrin, cela démontrera que nos craintes étaient justifiées».

Reste à savoir si ce résultat ne risque pas d’accentuer les divergences qui s’expriment parfois entre l’aile traditionnelle de l’UDC et celle dite économique. Voire provoquer des règlements de compte à l’interne. «Car cette initiative, reconnaît un élu, peut nuire à notre économie.»

Membre du comité de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et du comité de soutien à l’initiative, Jean-François Rime maintient que le oui d’hier permet «de fixer un certain nombre de règles». Pourtant, si le parti risque de s’unir à nouveau autour de l’initiative pour l’expulsion des délinquants étrangers, soumise au peuple l’an prochain, nul doute que ce lundi, sous la Coupole, certains UDC auront une petite mine.

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