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La vidéo glaçante qui accable un policier blanc

Un officier de police américain abat de huit balles un individu noir non armé puis ordonne au cadavre de mettre les mains dans le dos

Un policier blanc de 33 ans, en Caroline du Sud, abat froidement, samedi, de huit balles dans le dos un individu noir qu’il vient d’interpeller; un individu non armé, contrôlé pour une banale histoire de feu de signalisation défectueux.

Dans un premier temps, le jeune policier prétendra avoir respecté toutes les procédures en vigueur. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce qu’une vidéo amateur de l’intervention parvienne au New York Times et au journal local The Post and Courier. Une vidéo terrifiante, glaçante, accablante. Si accablante qu’elle a conduit un juge à arrêter et inculper le policier de meurtre avec préméditation. L’homme a été aussitôt renvoyé de la police.

Il y a des signes qui ne trompent pas: à peine postée sur le site New York Times, la vidéo fait le tour de toutes les autres rédactions américaines.

Sur Buzzfeed, elle entre dans la catégorie «trending» et trouve quelque 300 000 visiteurs. Sur le site New York Times, elle déclenche une avalanche de quelque 2000 commentaires.

Sur Twitter, c’est le mot-dièse #WalterScott, du nom de la victime noire, qui fédère l’indignation. Un extrait du film exacerbe le sentiment des internautes: le fait que le policier, après avoir tiré huit coups sur le fugitif, se campe devant le corps et hurle au cadavre: «Mets tes mains dans le dos»…

Un tweet résume à lui seul les quelque 250 000 qui se sont échangés rien qu’à l’enseigne #WalterScott: celui du présentateur de CNN Anderson Cooper, qui constate, dégoûté: «Il ne me semble pas qu’ils l’ont traité comme un chien. Les chiens sont mieux traités que cela.»

Aujourd’hui #WalterScott, #BrotherAfrica, il y a à peine plus d’un mois à Los Angeles, #MichaelBrown à Ferguson en août 2014, la litanie de telles «bavures» serait très longue. Au point d’en immuniser presque le spectateur. Ce fait doit nous alerter car il recèle les effets collatéraux pervers de tels documents: ils pourraient finir par mithridatiser le citoyen. Par constituer comme l’accompagnement obli­gé de tels dérapages, leurs inévitables images et sons bonus.

Ce serait néanmoins sous-estimer deux choses. D’une part la dimension de preuve que de tels documents apportent au processus judiciaire. C’est particulièrement patent dans le meurtre de Walter Scott. Ce que ne manque pas de noter la famille de la victime, qui remercie le vidéaste amateur: la vérité aurait-elle jamais pu être établie sinon?

Enfin, largement disséminés dans l’espace public, via les sites d’information et les plateformes de partage, de tels documents, par l’impact qu’ils suscitent, mettent une pression maximale sur les autorités.

Deux raisons qui vaudront toujours plus que la saturation blasée d’internautes lassés par la récurrence.