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Le vieux Parti radical résiste à sa dissolution dans l’UDC

Entre le PLR et l’UDC, deux visions du monde incompatibles, l’une tournée vers le progrès et l’ouverture, l’autre vers la nostalgie de la Suisse d’hier et la nation. Le débat a repris en Suisse alémanique sur l’offre, rejetée par les libéraux-radicaux, d’une alliance électorale au niveau national entre les deux formations

Le libéralisme est-il soluble dans le national-conservatisme? En d’autres termes, une alliance électorale nationale est-elle envisageable entre le vieux Parti libéral-radical et une UDC conquérante? La question a enflammé les médias alémaniques, en début d’année, et le président du PLR, Philipp Müller, a réaffirmé ce dimanche dans la NZZ am Sonntag qu’il n’y aurait pas d’apparentement généralisé à l’échelon national, rejetant l’offre du chef de file UDC Toni Brunner.

Mais la question va rebondir. Une alliance généralisée entre les deux partis de droite lors des élections fédérales de 2011 aurait en effet permis d’éviter que huit sièges passent à gauche ou au centre. Et donc bétonné une majorité clairement à droite au parlement.

La question du rapprochement électoral entre PLR et UDC divise les ailes droite et gauche du vieux parti fondateur de la Suisse moderne. Elle se pose régulièrement depuis vingt ans, rappelle l’historien Olivier Meuwly. Depuis que, propulsée par sa victoire contre l’adhésion à l’Espace économique européen en 1992, l’UDC a été transformée en force de conquête par Christoph Blocher, l’ancien parti agrarien a attiré à lui nombre d’électeurs radicaux. Et le tribun zurichois, qui n’a eu de cesse de dénoncer le «Filz», la collusion entre dirigeants politiques et économiques, n’a jamais caché son intention de faire main basse sur l’aile populaire du PLR.

C’est la perspective, abandonnée ensuite, d’une possible accession du journaliste Markus Somm, un proche de Christoph Blocher, à la tête de la NZZ, le vénérable quotidien zurichois de tradition radicale et libérale, qui a relancé le débat en fin d’année. Dans un éditorial, un autre proche du leader de l’UDC, le rédacteur en chef de la Weltwoche Roger Köppel, se demandait ainsi comment un nouveau patron de la rédaction estampillé «blochérien» parviendrait à imposer une ligne plus critique envers l’UE. Son rôle, ajoutait-il, serait «de réconcilier le camp bourgeois, de surmonter le fossé névrotique et d’amener UDC et PLR sur une ligne commune contre la gauche».

De quoi faire sursauter une droite libérale alémanique perdue dans ses rêves du passé et relancer le débat sur la compatibilité entre radicalisme et national-conservatisme. A la réaction inquiète de la rédaction du journal a succédé un débat interne au PLR sur l’orientation du parti. Président du Parti radical de 1989 à 2001 et ancien président du conseil d’administration de la NZZ, l’Uranais Franz Steinegger, figure morale du radicalisme, a ainsi mis en garde dans la SonntagsZeitung: «Si la NZZ, dans des thèmes chauds comme les étrangers ou l’opposition aux bilatérales, se range du côté de l’UDC, alors le PLR a un gros problème. La NZZ ne peut pas se permettre de s’en prendre à l’âme du PLR.»

Quelques jours plus tard, dans le SonntagsBlick, il mettait en garde contre une possible perte d’indépendance de sa formation en cas d’apparentement généralisé avec l’UDC. «Ce n’est pas bon, disait-il. C’est un vieux rêve de Christoph Blocher que de phagocyter le PLR. J’y vois un grand danger car, dans ce cas, le PLR n’a plus de raison d’être.»

«Il n’y aura pas d’alliance généralisée avec l’UDC», assure de son côté l’Appenzellois Andrea Caroni, qui incarne la relève talentueuse du PLR. «Un apparentement à l’échelon national serait le symbole du fait que les deux partis partagent non seulement des valeurs communes, mais aussi un même objectif et une conception commune de la politique.» Or, fait remarquer le conseiller national appenzellois, le slogan choisi par son parti pour la campagne, «Liberté, cohésion et innovation», a peu de points communs avec le conservatisme de l’UDC en matière de société, et sa tendance à écarter de la communauté nationale ceux qui ne votent pas UDC. Ce qui n’exclut pas, ajoute-t-il, que sur des projets précis en politique économique ou sociale, PLR et UDC cherchent à développer au parlement des stratégies communes.

Même si, après une longue glissade électorale, le radicalisme donne le sentiment de s’être repositionné plus à droite, en perdant les plus éminents représentants de son aile humaniste et libérale, les Petitpierre, Guisan ou Couchepin en Suisse romande, le débat entre les deux ailes historiques a toujours existé et persiste, assure Olivier Meuwly.

Ce qui est au cœur des tensions, c’est la conception de l’Etat, même si la liberté est partagée par tous. A la vision de l’Etat régulateur et organisateur de la vie sociale et économique s’oppose celle d’un Etat réduit au rôle de protecteur des libertés individuelles. Or l’Etat auquel s’attaque l’UDC en s’en prenant aux assurances sociales ou aux services publics, en condamnant son adaptation à l’évolution de la société, est précisément l’Etat mis en place par les premiers radicaux. La grande divergence, estime Olivier Meuwly, entre PLR et UDC, c’est que le parti de Christoph Blocher a remplacé le rôle de l’Etat par la suprématie de la nation.

Pour Franz Steinegger, la «NZZ» ne peut pas se permettre de s’en prendre à l’âme du PLR

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