[Buenos Aires, 12. – Du correspondant de l’Agence télégraphique suisse.]

« Il a fallu une véritable course contre la montre pour inaugurer comme prévu, le 21 avril, la nouvelle capitale du Brésil, Brasilia. Les invités officiels sont arrivés alors que 60 000 ouvriers travaillaient encore, évacuant du matériel, plantant des palmiers et décorant les lieux. En un jour, 2000 candélabres ont été édifiés, en une nuit 722 maisons ont été blanchies. Le Brasilia-Palace-Hôtel devait accueillir 5000 hôtes, mais il n’y avait que 180 lits. Par conséquent, personne ne fut autorisé à y loger n’ayant pas rang de ministre, ambassadeur, amiral ou général. Cent mille personnes s’étaient rendues à Brasilia pour assister aux cérémonies. Une partie d’entre elles désirent y rester, et il a bien fallu les loger.

Qu’en est-il maintenant? L’enthousiasme a baissé. Quatre ministères seulement sont achevés. Le ministre des Finances a laissé huit hommes sur place et a regagné Rio. Il fut suivi quelques jours plus tard du ministre des Affaires étrangères, puis du ministre des Travaux publics, qui signa à Rio des documents datés de Brasilia. Onze ministres s’étaient installés dans la nouvelle capitale, huit retournèrent à Rio. La Cour suprême tint une séance de dix minutes puis s’ajourna au 30 juin. Le Sénat, privé de meubles, ne veut siéger que le 1er juin.

Le président Kubitchek, dont le palais est habitable depuis deux ans déjà, est furieux. «Si vous ne voulez pas revenir – dit-il au ministre de la Justice – démissionnez.» Au premier Conseil de cabinet, il n’y avait que trois ministres, puis cinq, puis huit. [Il] a aussi demandé au Sénat de se réunir le 16 mai, même si la climatisation ne fonctionne pas. A 82 offices fédéraux M. Kubitchek a intimé l’ordre de s’installer à Brasilia. Il a donné l’assurance que dans quatre mois, les rues seront pavées dans le nord de la ville, où se trouvent les premières maisons habitables. Enfin, il a ordonné aux fonctionnaires de travailler huit heures par jour, ce qui n’était pas l’usage dans la chaleur de Rio. C’est qu’un vent frais souffle sur le haut plateau de Goias, où, il y a cinq ans, on ne rencontrait que des jaguars et des perruches. »