Un jour, une idée

Visitez «Monument Valley» avec une drôle de princesse

Vous êtes Ida, une petite princesse sans couronne mais au chapeau pointu qui cherche sa voie dans des châteaux multiples et singuliers, aux airs de palais des vents et de Taj Mahal, architectures aériennes, arachnéennes, labyrinthiques. Alors que vous cheminez sur un pont de pierre, arc-boutant vertigineux habillé de rose poudré qui s’ouvre sur d’interminables escaliers, une corneille autiste, qui avance en dodelinant de la tête, vous coupe la voie. Elle coasse dans votre direction et fait s’envoler votre chapeau pointu.

Et soudain, l’arche du pont tourne sur elle-même et vous voilà à l’envers! Vous échappez du coup à la corneille et, miracle, découvrez que vous êtes capable de marcher tête en bas. Mais voilà que l’arche pivote de nouveau… et s’effondre. Heureusement, vous avisez une petite porte noire, et vous voilà ailleurs…

Est-ce un rêve, est-ce un cauchemar? Rien de tout cela. C’est un jeu pour plateformes mobiles (iOS/Android), conçu par les studios Ustwo, et plus précisément par une petite équipe de huit personnes chargée des jeux au sein des studios. Monument Valley a remporté plusieurs prix, notamment un Apple Design Award et deux Unity Awards. Le jeu est accessible, logique, ingénieux, enchanteur et beau. Monument Valley Original, fort de dix niveaux originaux – et donc autant d’univers architecturaux –, est paru en avril dernier, et s’est étoffé en novembre dernier de huit nouveaux niveaux baptisés «Forgotten shores».

Ken Wong, un artiste australien qui est l’un des designers à l’origine des décors de Monument Valley, s’est directement inspiré des dessins de Maurits Cornelis Escher, de ses escaliers impossibles et paradoxaux, de ses murailles folles, de ses parcours déroutants. Résultat, un univers à la Escher mais passé au pastel, noyé de jaunes orangés, de roses, de briques, de verts aquatiques, de gris, de bleus violacés. La musique, elle, a des accents à la Brian Eno.

«Monument Valley est fait pour des gens qui ne jouent pas forcément aux jeux vidéo, dit Ken Wong dans une interview accordée au site Maker. Le jeu regorge de références artistiques et musicales. C’est l’histoire d’une princesse silencieuse en quête de pardon, qui effectue un voyage architectural et traverse des univers géométriques paradoxaux.»

A la mi-janvier, Ustwo annonçait avoir vendu près de 2,5 millions de fois Monument Valley. Et la petite équipe de Ustwo, dédiée aux jeux, planche actuellement sur un nouvel opus, baptisé Lands’end.