«Même si le oui l’a emporté de justesse, je constate que les Bernois se rendent compte que l’avenir appartient aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables.» Dimanche soir, le conseiller national Christian van Singer, vice-président de l’Alliance «Non au nucléaire», était certes déçu qu’un oui soit sorti des urnes, mais il y voit une évolution des mentalités. «En 2002, les Bernois étaient 32% à rejeter le nucléaire. Ils sont désormais 48%», ajoute-t-il en se félicitant du vote de Nidwald, qui a nettement refusé l’entreposage de déchets radioactifs au Wellenberg.

Du côté des partisans de l’énergie atomique, on se montre satisfait du vote. Vice-président du Forum nucléaire suisse, Bruno Pellaud avait pronostiqué 54% de oui. C’est moins. «Mais cela confirme les votes précédents des Bernois, qui ont toujours soutenu Mühleberg», commente-t-il, sans se montrer étonné du non des habitants de la ville de Berne.

Une seule construction

Même si le vote de dimanche n’était que consultatif, la question se pose de savoir si un non aurait signifié l’arrêt de mort du renouvellement de l’usine de Mühleberg. Pour Christian van Singer, c’est clair. «Un non aurait fait la différence avec les autres projets de Gösgen et de Beznau», analyse-t-il. Bruno Pellaud ne partage pas cet avis. «Avec la nouvelle loi entrée en vigueur en 2005, l’énergie nucléaire est une affaire fédérale. Ce qui importe, c’est le vote du peuple suisse et aussi celui de la commune concernée par une centrale. L’avis d’un canton compte moins. En cas de non, Mühleberg serait quand même restée en lice», affirme-t-il.

Selon lui, le choix se fera selon des critères financiers et économiques. Il part du principe que les trois sites visés pour remplacer les centrales actuelles recevront les autorisations nécessaires et seront approuvés par le parlement. Mais Axpo, Alpiq et les Forces Motrices Bernoises ont constitué une société commune et annoncé que seules deux constructions seraient réalisées. Bruno Pellaud rappelle cependant qu’il n’est pas envisageable d’en bâtir deux en même temps. «C’est trop de travail», prévient-il. Il faudra donc choisir entre Beznau, Gösgen et Mühleberg.

Christian van Singer n’en veut aucune. «Une nouvelle centrale, c’est un investissement de 8 à 10 milliards qui ne rapportera rien d’ici à 2027, sans oublier que la moitié de l’argent partira à l’étranger», proteste-t-il. Il garde espoir de convaincre le peuple suisse de dire non lorsque, en 2013, on lui demandera s’il est d’accord de renouveler une ou plusieurs centrales. «La tendance va dans cette direction. A Berne comme dans le canton de Vaud, des comités réunissant des gens de tous les partis et des milieux économiques se sont constitués pour dire non au nucléaire et soutenir les énergies renouvelables. Le vote bernois poussera dans cette direction», espère-t-il. Bruno Pellaud se dit, lui, convaincu que le vote de 2013 ira dans le même sens que celui du canton de Berne ce dimanche. Réponse­ dans deux ans.