Les minarets sont désormais à l’ordre du jour du débat français sur «l’identité nationale». «La religion fait partie du débat, a expliqué lundi le porte-parole du parti présidentiel UMP, Frédéric Lefebvre. Les lieux de culte doivent respecter nos règles, nos us et coutumes. […] Faire un concours du plus grand minaret, pour en faire un élément de prosélytisme, [ne] peut être accepté.» S’il ne prône pas une interdiction générale des minarets – «ce serait stupide», dit Frédéric Lefebvre – le parti au pouvoir s’est bien gardé de condamner le vote helvétique. Au contraire du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui s’est dit «un peu scandalisé».

En France, qui compterait 3,7 à 5 millions de musulmans, les minarets ont parfois causé des frictions. Dans plusieurs villes, les architectes ont dû réduire la hauteur de leurs tours, voire les supprimer, face à l’opposition des autorités ou des riverains. «Chaque association a dû négocier très longuement et scrupuleusement», témoigne Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris. Selon lui, «il y a une trentaine de minarets en France, sur 1800 lieux de culte». Et aucun n’atteint les 27 mètres de celui de la Grande Mosquée, achevée en 1926.

Burqa: affrontement programmé

Au pied de l’édifice, les fidèles sont plus stupéfaits que furieux face au résultat du vote suisse. «Je suis surpris, on me disait que Genève était une ville cosmopolite, où les gens étaient plus ouverts qu’en Haute-Savoie», explique Abdelhalim, un étudiant de 23 ans originaire de Thonon. Il redoute désormais l’importation de la polémique sur les minarets: «On veut interdire un symbole. Si cette loi arrivait en France, on s’inquiéterait.» Dalil Boubakeur s’alarme aussi de «l’imaginaire étonnant» qu’a révélé la campagne de votation suisse: «Le minaret montré comme une arme, sur fond de femme en burqa… Si on en est arrivé à voir l’islam sous cet aspect, ça nous inquiète.»

En France, l’affrontement sur le voile intégral est déjà programmé, pour cet hiver: «Nous voulons une interdiction extrêmement ferme, promet Frédéric Lefebvre de l’UMP, qui passera par une nouvelle loi ou l’application des lois existantes.»