«C'est beaucoup plus rapide que l'envoi d'un bulletin de vote par courrier, et en plus on économise un timbre…» Assistante à l'Université en allemand médiéval, Réjane Canton est l'une des premières électrices genevoises à avoir voté par Internet. L'expérience, qui n'avait aucune valeur légale, l'a séduite. Depuis mardi et jusqu'au 18 décembre, la Chancellerie de l'Etat de Genève teste à grande échelle le système de e-voting qu'elle mettra en place dans tout le canton pour les votations, dans le courant du deuxième semestre 2002. Les résultats de cette enquête réalisée auprès d'utilisateurs potentiels permettront d'améliorer ce concept, complémentaire au vote par correspondance et de l'isoloir.

500 à 600 cobayes

Ce test a lieu dans les locaux du service des passeports, situé dans la Vieille-Ville. «Nous avons choisi cet emplacement car la plupart des personnes qui se rendent aux guichets votent à Genève et forment un échantillon représentatif de la population», explique Alexandre Trechsel, vice-directeur du Centre d'études et de documentation sur la démocratie directe (C2D), l'un des organisateurs. Seuls les électeurs possédant un accès à Internet – c'est le cas de la moitié des Genevois – participent au test. Ils devraient être 500 à 600. Cette enquête d'opinion est précédée et suivie d'un questionnaire.

Tous les sondés effectuent la même procédure. Celle qui, dès l'introduction du e-voting, devrait être adoptée par de nombreux internautes genevois. Leur première découverte est le sésame qui permet de voter par Internet. Il figure sur la carte d'électeur. Il s'agit d'un code secret qui apparaît en grattant une petite bande grise. Pour que le vote soit validé, le citoyen doit saisir sur l'ordinateur le numéro de carte de vote, sa date de naissance et le code secret. Si jamais ce code est découvert, l'électeur ne pourra pas exprimer son suffrage par Internet.

Sous le regard des enquêteurs chargés de recueillir leurs impressions, mais sans aide, les cobayes procèdent au vote sur un ordinateur. Pour mettre ces pseudo-électeurs en condition réelle, les objets des votations du 2 décembre leur sont soumis. Le bulletin de vote apparaît à l'écran. Les sondés cliquent avec la souris et cochent les cases «oui» ou «non». Sur la page suivante, s'affiche un récapitulatif de leurs choix qu'ils n'ont qu'à valider. «C'est vraiment rapide», s'extasie Mathieu, un étudiant de 19 ans. «J'avoue que je ne vote presque jamais, poursuit-il, mais avec Internet ça va changer, c'est plus simple: un vrai jeu d'enfant.» Mathieu formule toutefois un grief: «Je trouve que les objets de cette votation ne sont pas assez détaillés. Il y a un risque de se tromper dans son choix.» Les questionnaires permettront grâce à la prise en compte des remarques d'améliorer la présentation et la fonctionnalité des pages Internet.

Sécurité mise en doute

Même s'ils sont acquis au e-voting, de nombreux sondés expriment quelques craintes à propos de la sécurité. C'est le cas de Réjane Canton qui a des doutes sur la fiabilité de la carte de vote: «Si quelqu'un nous la vole, il possédera notre code secret et sera susceptible de l'utiliser», conclut-elle. Le code peut-être; mais pas la date de naissance, également indispensable à la validation du vote.

Concernant l'aspect sécuritaire du système, le chancelier Robert Hensler se veut rassurant: «Une cellule de sécurité constituée du CERN, de l'Uni et des services informatiques de l'Etat vérifie que les données qui transiteront par Internet seront bien inviolables. D'autre part, même si nous avons mandaté les sociétés Hewlett Packard et Wise-Key pour mettre en place le site, une fois sa mise en fonction, l'Etat sera le seul à en avoir la maîtrise totale.»

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