Le Web devait compter dès juillet prochain sept nouveaux noms de domaine (lire Le Temps du 18 novembre 2000). L'Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, organisme responsable de l'attribution des adresses) avait sélectionné, lors de son dernier congrès à Los Angeles, sept sociétés responsables de la gestion des domaines «.biz», «.name», «.pro», «.info», «.coop», «.aero», «.museum». Aujourd'hui, on sait que ce ne sera vraisemblablement pas le cas. Brett LaGrande, porte-parole de l'Icann, a affirmé au Temps que les nouveaux domaines «ne seront probablement pas disponibles avant le second semestre 2001». De sources proches du dossier, on pourrait cependant attendre jusqu'à la fin de l'année. Les négociations avec les sociétés responsables des noms ouverts au grand public («.name», «.info», «.biz», «.pro») ont commencé en janvier. Affilias, qui a la responsabilité du futur «.info», pense en avoir fini à la fin du mois. Les discussions avec les organisations professionnelles («.aero», «.coop» et «.museum») n'ont pas encore été ouvertes. Elles devraient débuter mi-mars seulement.

Planning trop ambitieux?

Rosa Delgado est responsable à Genève du développement du «.aero» pour le compte de la Sita (Société internationale de transport aérien). La semaine dernière, elle a reçu un mail lui demandant de se préparer à entrer en négociation avec l'organisation en dressant une liste des «enjeux potentiels» susceptibles d'être discutés. «Nous n'attendons que les contrats de la part de l'Icann pour mettre véritablement la machine en route, explique-t-elle. C'est-à-dire la formalisation de la délégation de la gestion du «.aero» à la Sita. Depuis novembre, nous ne sommes titulaires de ce titre que virtuellement. Etablir ce document promet d'être long. C'est un gros travail de coordination entre avocats et techniciens. Mais c'est un document essentiel, qui contient des infos sans lesquelles nous ne pouvons pas travailler. Il déterminera par exemple quelle sera la somme que nous devrons retourner à l'Icann par nom enregistré. Que se passera-t-il, par exemple, si elle est trop élevée?»

Sur les raisons de ces retards, l'Icann reste muet, se contentant de répéter que les négociations prennent «plus de temps que prévu». Il faut dire qu'en novembre, ses responsables avaient été ambitieux en fixant la signature de tous les contrats avant la fin 2000. Les documents publics concernant ces nouveaux contrats (consultables à l'adresse www.icann.org, ils seront discutés lors de la prochaine réunion de Melbourne, dès samedi) comportent 24 appendices. Une fois les contrats signés avec tous les opérateurs, ils feront un détour par le Département du commerce américain afin que ce dernier, qui contrôle toujours les routeurs centraux, introduise ces nouveaux domaines dans ces véritables matrices du Net.

Ces retards commencent à peser sur l'entier du processus d'élargissement du Web. Au point que certains commencent à retirer leurs billes de ce marché qui promet pourtant d'être juteux. Des trois membres de la société RegistryPro Ltd, qui s'est vu attribuer le droit d'administrer les adresses en «.pro», n'en reste plus aujourd'hui que deux après le retrait de Baltimore Technologies, éditeur irlandais de logiciels, selon l'agence Reuters. Autre embûche pour l'Icann: profitant de ce retard, une société vieille de dix mois a lancé lundi un service où elle vend vingt nouvelles extensions dont «.xxx», «.kids», «.travel», etc. Une initiative qui a peu de chances d'aboutir, car elle n'est pas approuvée par l'Icann qui oppose un «no comment sur toutes les questions portant sur ce sujet».

«Climat de confiance»

Pour Rosa Delgado, le travail avec l'Icann se passe cependant dans un climat de «confiance réciproque». Le crédit de l'organisation a cependant été bien entamé ces derniers temps. Certains membres du Congrès américain ont en effet demandé à entendre son directoire sur le mode de sélection des sept sociétés ou associations choisies en novembre. Créé en novembre 1998, l'Icann est de fait toujours sous la tutelle du Département du commerce américain. Suite à cela, Carl Bildt, ancien premier ministre suédois, a été placé le 26 janvier à la tête d'un comité d'étude sur le fonctionnement de l'Icann. Son objectif? «Simplement mettre mon nez dans les rouages de l'Icann», répondait-il hier à Libération. Autre dossier dont l'homme d'Etat suédois devra s'occuper: les suites de l'élection, en septembre dernier, de neuf membres indépendants au directoire de l'Icann. Quel pouvoir leur donner? Quelle suite imaginer à ce qui constituait en réalité la

première élection mondiale via le Réseau?

La prochaine réunion de l'Icann, qui s'ouvre samedi à Melbourne, pourrait se révéler décisive pour l'avenir de l'Icann. «Lors de ces trois jours, les contestations publiques concernant l'attribution des nouveaux noms pourront encore être entendues. Nous nous attendons donc à devoir défendre fermement nos intérêts durant ces trois jours.»