Revue de presse

Le Web libre et ouvert fête ses 20 ans

A l’occasion de son anniversaire, le World Wide Web joue son «revival» puisqu’en son berceau, au CERN, on a lancé cet insolite projet de recréer la première page web. Exercice d’archéologie virtuelle sur les premiers et ténus fils de la Toile

Il y a vingt ans, le CERN faisait une déclaration annonçant qu’un logiciel peu connu, appelé World Wide Web et destiné à être bientôt abrégé «www.», entrait dans le domaine public. «Dans le domaine public absolu», même, titrait presque une année plus tard, le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne dans une de ses pages encore si délicieusement titrée «Informatique», constatant sa «croissance […] devenue exponentielle».

Même constat, un mois plus tard, dans Le Nouveau Quotidien: «Un réseau télématique tisse sa toile d’araignée autour de la planète.» Cet article publié le 20 avril 1994 était alors illustré par une capture d’écran – celle reproduite ci-dessus – sous laquelle figurait cette légende: «Le service Archie propose aux utilisateurs d’Internet une recherche d’objet sur le réseau mondial. Il suffit d’indiquer une partie du nom du fichier convoité et une nouvelle fenêtre apparaît avec la liste des serveurs sur lesquels ce fichier est présent. Un double-clic sur la ligne (celle sélectionnée sur notre exemple) déclenche automatiquement le téléchargement.»

Ce si joli «TAM»…

Le Journal officiel français du 16 mars 1999 donnait, quelques années plus tard, raconte le site de BFMTV, «la définition suivante du World Wide Web encore appelé «toile d’araignée mondiale», dont l’abréviation, TAM, n’a pas survécu»: «Dans l’Internet, système, réparti géographiquement et structurellement, de publication et de consultation de documents faisant appel aux techniques de l’hypertexte.»

Pour bien comprendre la révolution connectique qui allait simplement changer le monde et les habitudes de l’Homo numericus, ce rappel aimablement fourni par le site Presse-Citron: «La différence entre le «Web» et «Internet» est la suivante: Internet est toute la structure physique qui permet d’interconnecter les ordinateurs/terminaux entre eux, alors que le Web est un service d’échange d’informations qui utilise Internet.» Son inventeur est Tim Berners-Lee.

«Boum, ce fut le WWW!»

«Tim Berners-Lee a rejoint le CERN en 1989 et intègre une équipe qui cherche à développer l’informatique, rappelle le site Be Geek. A l’époque, le CERN possède un réseau interne et l’Arpanet pour communiquer. Mais Tom Berners-Lee décide de travailler un nouveau système de gestion de l’informatique. «Je n’ai fait que prendre le principe d’hypertexte et le relier au principe du TCP [le protocole de contrôle de transmission] et du DNS [le système de noms de domaine] et alors – boum! – ce fut le World Wide Web!» explique-t-il. Vu comme ça, ça semble très simple!»

Les vannes qui allaient déverser le Web dans le monde entier se sont donc ouvertes le 30 avril 1993 et, déjà, le CERN a mis en ligne mardi un papier sur la manière de restaurer (comme les vieux châteaux ou les toiles de tableau percées, c’est dingue, non?) le premier «www.» arrivé dans le domaine public. Qui était alors, évidemment, un peu «rugueux», dira-t-on. «Pas terrible…», renchérit LaTribune.fr. Mais «la machine NeXT – le serveur web d’origine – se trouve toujours au CERN, basé sur la frontière franco-suisse près de Genève», précise le site Notre Temps.

SOS adresse d’origine

Cette adresse donnait alors accès à cet endroit «où des physiciens travaillaient déjà sur un accélérateur de particules». Explications de Futura Sciences: «Parce qu’ils échangeaient sans cesse des informations avec des collègues du monde entier, en université ou dans des instituts divers et variés, les chercheurs se servaient du «réseau des réseaux», alias Internet, puisque ce terme avait remplacé celui de l’ancêtre, Arpanet.»

En revanche, poursuit-il, le premier site web du monde n’est plus accessible en ligne à son adresse d’origine. Le CERN est parvenu pour l’instant à restaurer des fichiers de 1992 mais il espère retrouver des versions antérieures du site. «Nous savons qu’il existe quelque part un disque qui a disparu et sur lequel se trouve une copie datant de 1990», indique-t-il. Il faut le retrouver! Et de lancer cet appel: «Quelqu’un doit savoir où il se trouve. Toute collaboration serait appréciée.»

Salutaire

Pour toute information à ce sujet, le public peut ainsi se rendre sur le site First-Website. Et c’est juste passionnant! Très rigolo aussi, puisque Le Huffington Post rappelle à cette occasion que «le CERN avait déjà fait parler de lui à ce sujet en juillet dernier, en republiant la première photo mise en ligne sur le Web, les fameuses «Cernettes». Et il y avait même une vidéo de ces Cernettes dans l’accélérateur de particules»! Trop vintage!

Force est de constater que la mise à disposition du public, il y a vingt ans, de cette technologie «a été salutaire», selon l’analyse du site Numerama. Car «si le CERN avait réclamé des droits sur l’utilisation du Web et de ses outils, qui peut croire qu’une telle technologie aurait pu rencontrer le même niveau de propagation? Le système de liens hypertextes n’aurait sans doute pas fonctionné. Du moins, pas de cette façon, et sa notoriété serait peut-être restée confidentielle.» Inimaginable aujourd’hui!

Avec Mosaic

De fait, «par cette action dénuée de toute ambition commerciale (pas de licence, pas de propriété intellectuelle), se réjouit le site ZDNet, le CERN posait en fait la première pierre du Web libre, décentralisé et ouvert à tous, tel qu’il est encore aujourd’hui, où chacun peut simplement mettre en ligne un site et se connecter au monde entier. Le www est ainsi devenu très vite la première exploitation à grande échelle de la technologie internet avec aujourd’hui des centaines de millions de sites en ligne.»

En juin 1993, Internet comptait 130 sites, plus de 600 à la fin de la même année. Un tout premier navigateur, Mosaic, permettait de surfer sur ces différents sites… Il fut développé à partir de la fin de 1992 au National Center for Supercomputing Applications (NSCA), progressivement pour toutes les plateformes PC ou Mac. C’est LE navigateur qui a rendu le World Wide Web populaire. Et aujourd’hui, on en serait à quelque chose comme 630 millions de sites.

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