Ludovic Tirelli est un internaute veveysan frustré. Pourtant, sa commune a été la première en Suisse romande à offrir un accès à Internet sans fil (Wi-Fi). Mais les ondes du monde virtuel, qui planent librement depuis mars 2004 sur la place du Marché de Vevey (au grand bonheur d'une vingtaine de personnes par jour), peinent à pénétrer dans les bâtiments avoisinants. Or, avec la nouvelle norme de communication par ondes radio, le WiMax, Ludovic Tirelli surferait sur la Toile depuis son appartement, distant de plusieurs centaines de pas de l'esplanade. Si l'antenne Wi-Fi veveysanne rayonne sur une centaine de mètres, sa portée en WiMax atteindrait entre 2 et 20 kilomètres. Elle couvrirait des milliers d'habitants dont leur ordinateur n'exigerait qu'une carte WiMax pour naviguer sur le Net à haut débit. Aucun modem (et câble) ne serait nécessaire.

Le WiMax (prononcez «oui max») trouvera dès la fin de cette année ses premières applications en Suisse. Il offre plus de débit (un maximum de 12 Mbit/s à partager entre les internautes) et plus de portée (environ 20 kilomètres) que la norme Wi-Fi. Celle-ci ne sera pas remplacée, mais deviendra son complément idéal pour les courtes distances. La Commission fédérale de la communication (ComCom) a ouvert la porte mardi dernier au déploiement de cette technologie. Après consultation des opérateurs intéressés au printemps, la ComCom va mettre au concours des concessions WiMax dans la seconde moitié de 2005. Au courant de l'été, elle déterminera la procédure d'attribution: une mise aux enchères ou une sélection par critère. Des fréquences seront disponibles sans concession. Mais celles-ci ont pour corollaire une puissance limitée.

La donne sur le marché des télécommunications risque d'évoluer. Cette norme intensifiera la concurrence entre les fournisseurs d'accès à Internet à haut débit (via ADSL ou câble). Les opérateurs téléphoniques ne seront pas épargnés: les communications vocales par Internet (technologie dite «Voice over IP») seront facilitées.

La municipalité de Vevey suit de près cette évolution technologique. «Le WiMax nous séduit, avoue Robert Schneider, responsable informatique de la ville. Aucune décision politique n'est encore prise, mais la municipalité a en tête l'expansion de notre réseau sans fil.» A Lausanne, où les Services industriels (SIL) sont déjà actifs sur le marché des télécoms, l'enthousiasme est également de mise. «Nous avons l'intention d'offrir du WiMax aux habitants et aux PME lausannoises», déclare Eliane Rey, directrice des SIL, qui souhaite au préalable obtenir une vue complète des coûts. «Nous ne craignons pas de marcher sur les plates-bandes des opérateurs privés de télécoms», précise Eliane Rey, qui assure que sa «mission relève du service public». Dans l'attente du WiMax, la Ville compte étoffer son réseau Wi-Fi – déjà présent à la place du Port, de la Navigation, de la Riponne et de la Palud – au Flon et à Saint-François en juin.

Les Services industriels genevois (SIG) ont procédé à des essais à la fin de la semaine passée auprès de dix ménages de Russin (GE). Ils en tirent un bilan mitigé. «La performance du réseau WiMax nous a déçus», révèle Eric Bachmann, directeur du secteur télécoms des SIG. «Nous avons obtenu un débit moyen de 6 Mbit/s, alors que nous attendions 9 Mbit/s.» Il reconnaît que cette technologie reste en devenir, mais qu'elle constitue le moyen idéal pour apporter le haut débit dans les zones rurales, orphelines de l'ADSL ou de la fibre optique. A l'inverse de Lausanne, les SIG ne souhaitent pas devenir un fournisseur d'accès au même titre que Bluewin, Sunrise ou Tele2.

De nouvelles antennes risquent de fleurir sur le sol helvétique. «Les opérateurs devront construire des émetteurs WiMax, dont la taille peut être comparable aux antennes de téléphonie mobile», prédit Peter Fischer, directeur suppléant de l'Office fédéral de la communication (Ofcom). Le foisonnement sera d'autant plus fort que le paysage est accidenté. «La portée des antennes chute de 9 à environ 2 kilomètres pour diffuser le signal jusque dans les bâtiments.» Puisque la couverture de la Suisse par le réseau WiMax s'annonce lacunaire dans un horizon de trois à cinq ans, l'usage du téléphone mobile par Internet s'en trouvera freiné.

Du côté des opérateurs de télécommunication, on observe et n'ose pas marquer son intérêt pour le WiMax. «Nous n'avons pas encore tiré un bilan de notre concession test, mais nous suivons attentivement l'évolution de cette norme en Suisse», indique Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. Cablecom va également expérimenter une concession WiMax et ne peut se prononcer sur l'éventuelle adoption de cette technologie. Enfin, le fournisseur d'accès romand VTX est vivement intéressé. «L'Ofcom, qui nourrit des remords après le flop des concessions WLL [ndlr: prédécesseur du Wi-Fi], devrait nous transformer notre concession nationale WLL en licence WiMax», espère Francis Cobbi, directeur et cofondateur de l'entreprise vaudoise.