Ce qu'il y a de proprement insupportable avec Guillaume Durand, animateur de Nulle part ailleurs, c'est son obsession à créer une complicité avec son hôte. Hier soir, face à Wim Wenders, le journaliste a mis les bouchées doubles pour aller dans le sens de son invité. Sa tactique? Présupposer les réponses de son hôte, voire les anticiper.

Exemple: cher Wim, je vous montre un extrait de Titanic, vous allez bien me dire que ce bastringue est complètement surévalué? Wim Wenders: «J'ai toujours adoré les grands spectacles. J'ai pris un certain plaisir au film de Cameron, particulièrement pendant la dernière heure. En revanche, j'ai été un peu déçu par les comédiens, surtout par Leonardo DiCaprio. C'est l'acteur le plus génial de sa génération, et on ne le voit pas.» Guillaume Durand, interloqué, revient à la charge: «Pensez-vous toujours que les images peuvent changer le monde?» W. W., placide: «Pas le monde, mais l'idée que l'on peut s'en faire.» Guillaume Durand, péremptoire: «Contrairement à la télévision qui, elle, tourne en rond.» Sourire de Wim: «Ce n'est pas moi qui le dit…» L'animateur: «Mieux vaut être lucide!»

Pour être à la hauteur – supposée – de son invité, Guillaume Durand est prêt à toutes les trahisons, même à renier cette télévision qui le nourrit et le glorifie. C'est exactement ce que ne ferait jamais Wim Wenders. Question de morale.