Valais

De Xenia Tchoumitcheva à Nicolas Bideau, en passant par le Rhône: c’est TEDxMartigny!

Comme le Valais a treize étoiles à ses armoiries, TEDxMartigny, pour sa quatrième édition, a invité treize orateurs. Un concentré rafraîchissant qui nous a permis d’aller de l’enfer au paradis, en passant par l’ingéniosité humaine. Un modèle de rencontres inattendues et parfois provocantes

Savez-vous pourquoi les plus récents attentats djihadistes en Europe remontent souvent à la Suisse? Savez-vous pourquoi aucun chef d’entreprise n’aurait misé un kopek sur les cv de l’équipe Jésus Christ? Savez-vous pourquoi Kodak, après avoir mené le bal de la photo argentique et alors même qu’un de ses ingénieurs avait découvert le principe de la photo numérique, s’est complètement fracassé sur la transition digitale?

Savez-vous comment un jeune designer valaisan se propose de révolutionner le «stammtisch» helvétique grâce à une télécabine? Et comment un Suisse né près de la centrale de Mühleberg est devenu l’un des champions de la lutte naturelle et biologique contre les nuisibles? Et comment en buvant de l’eau potable tirée au robinet je recharge en même temps mon téléphone portable?

Savez-vous qui sont les huit gueules valaisannes favorites de Nicolas Bideau notre ambassadeur ès image de la Suisse dans le monde entier? Qui sont les figures historiques qui ont nourri le mythe du montagnard? Qui crée à Martigny la dissonnance cognitive la plus inattendue en tenant un discours féministe du troisième type?

Drones

Savez-vous ce que les drones sont capables de nous faire gagner comme temps et comme effort lorsqu’il s’agit de topographier une région inatteignable? Ce que les stress traumatiques infligés à nos ancêtres laissent comme trace dans les informations de la chaîne ADN? Ce qu’une application peut changer dans la vie des autistes?

Savez-vous enfin que le Valais, on l’aime aussi pour pour ses concepts alternatifs de tourisme et que lorsque les Valaisans se mêlent de corriger le Rhône comme un malappris, ils comptent sans les changements climatiques, ni surtout l’indépendance parfois frondeuse du fleuve qui traverse le canton...

Sous forme de jeux de devinettes, vous avez décrit le feu d’artifice qu’a allumé vendredi 11 septembre, à l’hôtel Vatel de Martigny, la quatrième édition du TEDxMartigny, placé sous le signe des fêtes du bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération.

Surprise

Comme à chaque TEDx qui se déroule sous tous les horizons, le maître mot du format c’est la sérendipité: cet art incomparable qui permet à l’auditeur, au spectateur de tomber par surprise sur des idées, des concepts ou des histoires auxquels il ne s’attendait pas vraiment.

Grâce aux cartes et aux graphiques de Jean-Paul Rouiller, spécialiste de l’anti-terrorisme, j’ai pu ainsi me faire une idée des nouveaux modes opérationnels du recrutement des djihadistes dans le monde.

Grâce au chanoine-aumônier à l’abbaye de Saint-Maurice, Antoine Salina, j’ai pris conscience que pour mener une équipe des plus improbables (comme celle des disciples de Jésus Christ), à laquelle aucun DRH jamais n’aurait donné sa bénédiction, il fallait avoir le sens de la transcendance chevillé à l’âme.

Barry l’épagneul

Grâce à Hervé Bourlard, le directeur de l’Institut de Recherche Idiap, à Martigny, j’ai enfin compris dans le détail pourquoi Kodak avait si formidablement raté le virage de la photo numérique, qu’un de ses ingénieurs avait pourtant développé: parceque la culture de tous les ingénieurs de Kodak était une culture de chimiste (l’argentique, c’est de la chimie) et que le numérique, les pauvres, ils n’y comprenaient que pouic.

Grâce à Nicolas Bideau j’ai saisi combien une boule de poils aboyeuse à la lippe humide et aux yeux grands comme une mer, Barry (1800-1814), l’épagneul des Alpes, pouvait devenir l’incarnation de la tradition humanitaire de la Suisse. Il fallait vraiment y penser: Nicolas Bideau a osé.

Grâce au designer Geoffroy Buthey, je sais maintenant ce qu’on peut faire d’un crayon dans les cheveux, d’une paire de centimètres tailleur et d’une télécabine recyclée: des solutions idéales à un problème pratique, en même temps qu’un sujet de conversation à la viralité assurée.

Xenia Tchoumitcheva

Grâce enfin (j’abrège la liste, que les orateurs et oratrices me pardonnent) à Xenia Tchoumitcheva herself, en tailleur stretch noir, j’ai acquis la conviction qu’un féminisme du troisième type était possible. Un féminisme que l’on qualifiera de «contextuellement disruptif» si l’on songe à ce qui fit, à ses débuts, la renommée de l’oratrice: un prix de beauté des plus traditionnel. Xenia Tchoumitcheva montre que l’on peut packager d’une manière délicieusement troublante un changement de paradigme. Durant la soirée et sur un point d’orgue remarqué, elle appellera les femmes à changer la perception qu’elles ont d’elles-mêmes. Et, dans ce monde de compétition impitoyable, à coopérer ensemble pour cesser de faire le jeux des masculinistes.

Et puis, un TEDx bien mené, c’est aussi l’occasion de tailler une bavette et de réseauter avec les invités de la salle, de s’arrêter à tel ou tel stand de l’innovation qui appuie concrètement le passage des idées à la réalité. Ainsi, nous a-t-il rarement été donné de rencontrer ambassadeur plus convaincant du dynamisme culturel valaisan que le jeune Axel Roduit, conseiller culturel au canton du Valais, qui nous a tout expliqué du fonctionnement de Wikivalais, le portail collaboratif du patrimoine valaisan.

Ce TEDxMartigny nous aura permis, enfin, de découvrir une boisson que nous ne nous attendions, au vrai, pas vraiment rencontrer sous ces cieux de vignes et de cépages originaux: la spiruline en bouteille! La spiruline, c’est cette algue naturellement riche en micronutriments bio-assimilables, mais qui est également terriblement rébarbative à consommer... Qu’à cela ne tienne: la startup Spiralps la propose en délicieux cocktails revitalisants. Ça aussi, il fallait y penser...

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