C'est la deuxième fois, depuis ses débuts (si on excepte les balbutiements des années 50), que la TSR a à couvrir la Fête des Vignerons. Jeudi matin, c'était le coup d'envoi avec le Couronnement, célébration unique, première confrontation sur le petit écran du public avec les fastes de cet ample mystère des temps modernes. Le pays romand entier était devant le petit écran, chez soi ou au travail, levé dès l'aube pour ne pas rater une miette du spectacle. Une seule personne manquait au rendez-vous, le commentateur.

On n'ose y croire, mais c'est comme ça: Jean-Philippe Rapp – mais était-ce de son propre chef, ou une décision du département responsable? –, Jean-Philippe Rapp s'est «tiré» après les premières dix minutes d'antenne! Il l'a annoncé lui-même: «Laissons parler la fête», a-t-il fait. Le téléspectateur qui avait manqué le début pouvait songer à une panne, à un malaise, s'étonner, s'inquiéter. Non, bonnes gens, ce silence était délibéré!

Le spectacle, grâce à ses auteurs et ses acteurs inspirés, grâce aussi, il faut le souligner, aux équipes techniques de la télévision, le spectacle a conquis, ému, enchanté le spectateur. Bien que les caméras eussent pu parfois caresser d'un peu plus près les visages, capter l'émotion des uns, la joie des autres. On aurait voulu voir de près le Noir vigneron au moment de sa décoration, le regard de l'enfant sur son escargot, le sourire de la vigneronne distinguée. Mais ne boudons pas, nos yeux sont pleins d'images et de couleurs.

En revanche, toutes nos questions sur le rituel du couronnement sont sans réponse: d'où venaient les lauréats? Selon quels critères furent-ils sélectionnés? Participent-ils donc tous aux autres spectacles de la Fête, costumés qu'ils sont? Pourquoi portent-ils des costumes différents? Que sont censées représenter les jeunes filles roses sur leur vélo? Et quid de l'escargot? Quel est son lien avec le messager boiteux? Celui-ci est-il vraiment unijambiste? Qui est-il? Entendions-nous seulement du Bovard? Ou aussi du Meier? De l'Hostettler? Et les enfants de la Saint-Martin? Il a fallu Ruth Dreifuss pour nous les désigner!

Il faut appeler les choses par leur nom: à ce niveau d'impéritie, inexcusable pour une télévision publique, on ne parle pas de politique éditoriale. Mais de paresse. Ou pis: de mépris.