Le bâtiment de forme arrondie, encerclé par un dépôt de trams, ne paie pas de mine. Situé à Oerlikon, dans la banlieue de Zurich, il abrite pourtant un des producteurs et distributeurs d’électricité les plus inventifs du pays.

La forme juridique, celle d’un service de l’administration communale zurichoise, n’empêche ni le dynamisme, ni une position d’avant-garde dans la branche électrique, ni même la réalisation de bénéfices qui font pâlir de jalousie ses concurrents privés. Le service de l’électricité de la Ville de Zurich (EWZ), fort de 1000 collaborateurs et d’un chiffre d’affaires 2008 de 762 millions de francs, fait figure de pionnier dans plusieurs domaines.

Incité à accélérer le recours à des solutions innovantes par une votation populaire communale antinucléaire en novembre 2008, EWZ a décidé de se réorienter rapidement vers la production d’énergies renouvelables. Le courant éolien constitue le principal pilier de cette nouvelle politique qui vise à permettre à la ville de Zurich de sortir totalement du nucléaire dès 2045, et prône le modèle de société à 2000 watts à l’horizon 2050. La Confédération a rejeté ce modèle qui a pour ambition de diviser par 2,5 la consommation d’énergie par habitant en la ramenant au niveau de celle des années 1960. Cela correspond à l’émission d’une tonne de CO2 par habitant, contre neuf aujourd’hui.

Le Conseil fédéral a préféré un autre scénario, moins ambitieux, intitulé «nouvelles priorités», qui maintient l’énergie nucléaire comme appoint énergétique, envisage la construction de centrales thermiques à gaz, et encourage les économies d’énergie et les nouvelles énergies renouvelables dont la part devra doubler pour atteindre près de 10% en l’an 2030, soit 5,4 milliards de kWh.

«L’objectif de la société à 2000 watts est ambitieux, admet Bruno Hürlimann, membre de la direction générale d’EWZ. Je ne peux pas garantir que nous l’atteindrons à Zurich, car cela dépend de conditions politiques et économiques que nous ne maîtrisons pas, notamment l’influence de l’ouverture totale du marché de l’électricité.»

EWZ fera néanmoins le maximum pour tendre vers cet objectif de réduction de la consommation d’électricité même si, selon la société, le scénario «réaliste et ambitieux» vise une stabilisation de la consommation avec le remplacement total de l’énergie nucléaire par du courant vert dès 2045.

L’énergie éolienne sera, dans un premier temps, le fer de lance de la reconversion, afin de parvenir, dès 2018, à 6% de la consommation de Zurich. Des projets sont signés dans le canton du Jura (Saint-Brais), dans le canton de Vaud, et près de Berlin. EWZ est également prête à acquérir une part de 5 à 6% d’un parc en mer du Nord, sur territoire allemand proche de la frontière néerlandaise, prévu pour 80 éoliennes.

L’ensemble de ces projets sont financés par un crédit-cadre de 200 millions de francs accepté par la population zurichoise en mai dernier. «Tout en étant rattachée à l’administration, EWZ a trouvé les moyens de gagner en autonomie, en rapidité d’exécution, et en confidentialité commerciale pour conclure de nouveaux contrats énergétiques, souligne Bruno Hürlimann. La méthode du crédit-cadre, qui nous donne une liberté d’investissement pour plusieurs années, est un bon exemple de solution.»

La biomasse, à raison de 100 millions de kWh à l’horizon 2018, contre 200 millions de kWh pour l’éolien, sera le deuxième pilier de cette réorientation verte. Le solaire, encore cher à produire, même si le prix de vente du kWh est passé de 1,20 franc à 75 centimes, en quelques années en ville de Zurich, reste marginal. «La croissance est cependant bien meilleure que prévu puisque notre objectif pour 2018, de 10 000 kWh, est déjà atteint aujourd’hui. Il a donc été récemment doublé», explique Bruno Hürlimann.

EWZ n’hésite pas à s’engager avec ferveur dans un projet de géothermie profonde, malgré les déboires subis dans la région bâloise suite à une secousse tellurique. «Notre méthode est différente, rassure Bruno Hürlimann. Nous n’injectons pas de l’eau sous pression. Le premier forage, à une profondeur de 3200 mètres, se fera jusqu’à une nappe d’eau dont une partie circulera en direction de la surface après la réalisation d’un deuxième forage.»

Rien n’arrête EWZ dans la recherche d’énergies renouvelables. La société s’intéresse de près à une participation importante dans une centrale solaire en Espagne et a inscrit, sur le papier, le recours à l’énergie des marées.

Petite société, EWZ représente, en chiffre d’affaires et en vente d’énergie, moins de 5% du groupe Alpiq. Mais comme elle produit, grâce à ses barrages dans les Grisons, ses centrales au fil de la Limmat et diverses participations dans le nucléaire, largement au-delà des besoins en énergie de sa zone de distribution, elle réalise de juteux bénéfices en vendant ces surplus à la bourse européenne de l’électricité où les prix flambent. Résultat: en 2008, EWZ a dégagé une marge bénéficiaire (EBITDA) de 31,5% (contre 11% pour Alpiq).

Plus de 70 millions de francs ont été versés dans la caisse de la Ville de Zurich et 162 millions, sur un chiffre d’affaires de 762 millions, ont alimenté le fonds de réserve. EWZ a donc largement de quoi financer ses ambitions écologiques avec des produits adaptés une clientèle sensible à la protection de l’environnement.

Le baron de l’électricité d’Oerlikon s’offre même le luxe de financer, pour des entreprises ou des sociétés immobilières, des solutions techniques améliorant l’efficacité énergétique. Elle reste propriétaire des installations «louées» à ses clients. «Nous ­avions remarqué que de nombreux clients hésitaient à faire le pas vers les énergies renouvelables. Ils étaient rebutés par le financement ou la complexité technique des nouvelles solutions en matière d’efficacité énergétique», constate Bruno Hürlimann, membre de la direction d’une entreprise multifonctions, entièrement intégrée de la production à la fourniture d’énergie.

Chez EWZ, l’énergie éolienne sera, dans un premier temps, le fer de lance de la reconversion