Aviation

Vol MH370: «Depuis le début, on ne fait que nous mentir»

Les proches des victimes du vol de la Malaysian Airlines, qui a disparu le 8 mars 2014, ne décolèrent pas contre la décision d’arrêter les recherches de l’épave au large de l’Australie

La décision était attendue mais le coup est terrible pour les proches des disparus du MH370. La Chine, la Malaisie et l’Australie ont annoncé mardi qu’elles cessaient les recherches de l’épave du Boeing 777 au fond de l’océan Indien.

Le 8 mars 2014, peu après avoir décollé de Kuala Lumpur à destination de Pékin, l’équipage souhaite «bonne nuit» aux contrôleurs aériens malaisiens. Mais, quelques instants plus tard, le vol de la Malaysian Airlines ne répond plus. Les radars au sol enregistrent un brusque changement de cap avant de perdre sa trace non loin de l’île de Sumatra. Selon la version officielle, le Boeing aurait continué pendant des heures plein sud pour s’écraser à l’ouest de l’Australie.

Cette zone de recherche, 120 000 km2 dans l’une des mers les plus inhospitalières du globe, Ghyslain Wattrelos n’y a jamais cru. Il a perdu son épouse, de même que deux de ses trois enfants dans la catastrophe. «On ne fait que nous mentir depuis le début», explose ce Français. Il a arrêté de travailler pour se consacrer à la recherche de la vérité. «Chaque jour, je reçois des informations. A 99,9%, c’est complètement loufoque», explique-t-il.

145 millions de dollars pour les recherches

Ghyslain Wattrelos place désormais ses espoirs dans la recherche de débris découverts sur les plages africaines. Le dernier fragment authentifié par les enquêteurs malaisiens a été retrouvé à Madagascar. Ghyslain Wattrelos revient de la grande île avec d’autres familles du MH370. «C’est la première fois qu’on retrouvait un débris à Madagascar. Il y en a sûrement d’autres. Nous avons sensibilisé les autorités et la population pour qu’elles ouvrent l’œil.»

«Au lieu de dépenser une fortune pour chercher l’avion là où il n’est pas, on ferait mieux de se baser sur ces débris», dénonce Ghyslain Wattrelos. Les recherches coordonnées par l’Australie au large de ses côtes ont coûté 145 millions de dollars. L’analyse des courants et des vents indique une zone de recherche différente. L’énigme du MH370 mobilise des centaines de particuliers, plus ou moins sérieux.

«D’autres fragments vont forcément remonter à la surface et nous donner de précieux indices sur ce qu’il s’est passé», analyse Gérard Feldzer. Ce consultant français en aéronautique et transport juge lui aussi déplorable l’arrêt des recherches sous-marines. «Cela laisse entendre que les données satellitaires, grâce auxquelles a été déterminée la zone de recherche, ne sont pas fiables.»

Même si ses systèmes de communication sont débranchés – l’hypothèse d’un détournement – ou tombent en panne – la thèse de l’incendie –, aucun avion ne peut se volatiliser. De même qu’un téléphone portable continue d’être traçable, même éteint. Les satellites d’Inmarsat ont continué de recevoir des bips du MH370 jusqu’à son crash final dans l’océan Indien. La compagnie britannique a toujours refusé de rendre publiques ses données sources, alimentant les théories les plus folles.

L’appareil «abattu»

La plus fameuse est que le MH370, tombé entre les mains de terroristes, a été abattu au large de la base américaine sur l’atoll de Diego Garcia, à des milliers de kilomètres au nord de la zone de recherche. «Je ne crois pas les terroristes assez stupides pour tenter de lancer un avion sur un endroit aussi sécurisé. Mais il est possible qu’on ait pris les commandes à distance pour éviter une attaque comme le 11 septembre 2001. L’avion aurait ensuite été abattu dans un endroit isolé», avance Ghyslain Wattrelos, parmi d’autres éventualités.

«L’avion n’a pas pu se rapprocher de Diego Garcia, qui est situé sur la même longitude que le satellite. Si cela avait été le cas, l’onde du signal aurait dû être de plus en plus courte et d’une intensité croissante. Or l’évolution a été inverse», désamorce Xavier Tytelman, consultant en sécurité aérienne qui anime des stages pour dompter la peur en avion et a lui aussi consacré des centaines d’heures au mystère du MH370. Son intime conviction? Un incendie à bord, qui aurait ensuite entraîné une dépressurisation de la cabine, éteignant les flammes. L’avion aurait ensuite volé pendant des heures sur pilote automatique avant de chuter faute de carburant. Pas sûr qu’on sache un jour le fin mot de l’histoire.

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