Psychologie

Ces couples qui se quittent sans cesse

Ils rompent à jamais tous les six mois, et ne peuvent fonctionner autrement. Etrange? Pas forcément. Car si certains se déchirent de manière spectaculaire, de nombreux couples le font de manière silencieuse

«Chacun pour soi est reparti dans l’tourbillon de la vie, Je l’ai revue un soir ah la la, elle est retombée dans mes bras»: ces paroles, chantées par Jeanne Moreau dans Jules et Jim de Truffaut en 1962, pourraient résumer la vie tourmentée de certains couples. En seize ans, par exemple, Fabienne * et son compagnon se sont quittés et retrouvés une douzaine de fois. Jalousies, colères: elle prenait la décision de tout arrêter «car ça ne fonctionnait pas», et chaque séparation durait un ou plusieurs mois. «J’étais effondrée, mais je ne revenais pas.» Et pourtant… Il parvenait toujours à la récupérer. «Le temps s’écoulant, il y avait une forme d’auto-conviction. Je me disais que si ça redémarrait, ce n’était pas pour rien!»

De son côté, Christophe * estime s’être séparé de son épouse une dizaine de fois en neuf ans. Régulièrement démuni devant les dysfonctionnements de son couple, il ne trouvait pas d’autre issue que de rompre. Blessé, en colère, il s’est souvent dit qu’on ne l’y reprendrait plus. «Puis l’effet de la colère s’atténue, et j’ai tendance à oublier.» Jeux de pouvoir, chantage affectif: Christophe s’est senti «comme dans un tourbillon, attiré vers le bas, à ne pas savoir comment réagir.» Une thérapie a permis à son couple de comprendre son mécanisme. «Et je pense toujours que c’est la femme de ma vie, sinon je ne serais jamais parti!»

Blessures d’abandon

Anouk Truchot, thérapeute de couple Imago, explique que lorsqu’on tombe amoureux, on reçoit une relation. Chaque couple a un «jardin relationnel, dont les deux personnes doivent prendre soin». Et il s’agit de comprendre ce qui se joue dans la relation en question. «Quand on a envie de partir, cela ne signifie pas forcément que l’on ne s’aime plus, mais que ce qui se déroule dans ce jardin ne nous convient plus. On quitte alors la relation pour se protéger car on se sent désécurisé dans cet espace.»

Bon nombre de gens rompent en pensant que le problème vient de l’autre. «Dans ce cas, la rupture est une fuite, car on n’est pas conscient de ce qui se joue, poursuit Anouk Truchot. En réalité, l’autre vient appuyer sur nos boutons rouges, qui correspondent à des blessures passées. Et la menace de la séparation fait partie des comportements réactifs. C’est un moyen de défense, en lien avec des blessures d’abandon et d’attachement peu sûr. Certains vont d’ailleurs tout faire pour provoquer la séparation, car il est plus rassurant de maîtriser plutôt que de subir.»

Parmi les exemples de couples qui se déchirent régulièrement, il y a plusieurs modèles. Ceux qui n’habitent pas ensemble n’auront pas de souci logistique. On se quitte, c’est chacun chez soi jusqu’à nouvel avis, et basta. Il y a ensuite ceux qui habitent sous le même toit, et qui se séparent sur le mode «je retourne chez ma mère».

Fuite inconsciente

Et puis, selon la thérapeute, il existe une fuite silencieuse, parfois même non consciente. «Certains comportements s’apparentent à des séparations. Mais ce n’est ni spectaculaire, ni formulé de la même manière.» Bouder, s’investir à fond dans des activités hors couple, passer ses soirées devant un écran sont autant de façons de fuir une relation insatisfaisante. Dans ces situations aussi, le couple s’éloigne, il devient un mariage parallèle. Pour mieux se retrouver… peut-être.

Quel que soit le fonctionnement, c’est «une danse qui se joue à deux. Il se peut que celui qui quitte et celui qui accepte d’être quitté jouent un jeu inconscient autour des blessures d’abandon qui teste le lien, et remet en scène des comportements relationnels vécus dans l’enfance. C’est alors très douloureux pour les deux, qui n’arrivent ni à vivre ensemble ni à se séparer.»

Il est donc primordial de comprendre les enjeux pour poursuivre l’histoire. «On peut tout à fait se séparer plusieurs fois car on se trouve à un carrefour. Mais lorsqu’on se remet ensemble, il faut faire le deuil de la relation précédente pour pouvoir repartir de manière plus consciente.» Ou pas. Et alors cette fois-là, c’est ter-mi-né…


Prénoms d’emprunt.

Publicité