Revue de presse

Tel Icare, Oskar Freysinger aura volé trop près du soleil en Valais

C’est un festival de métaphores dans les médias, ce lundi matin, pour expliquer la fin de la carrière politique de l’ex-magistrat UDC dans un canton où, on le sait avec certitude maintenant, c’est le PDC qui commande

«Le loup est parti, le berger parade.» Le titre de l’éditorial commun à 24 heures et à la Tribune de Genève après que l’électorat valaisan a infligé un carton rouge à Oskar Freysinger, est sans doute plus «poétique» que la formule fanfaronnante dont ces journaux usent quelques lignes plus bas: «Bye-bye, le chanteur au catogan.» Le conseiller d’Etat UDC sortant doit céder sa place au candidat PLR Frédéric Favre, et c’est la première fois depuis 1937 qu’un magistrat sortant n’est pas réélu au Vieux Pays.

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Ainsi soit-il: le PDC est le grand vainqueur de cette élection, qui envoie son ennemi «en retraite», dit la Luzerner Zeitung. «Si la question était de savoir qui commande» dans ces vallées-là, «c’est donc réglé», tranchent les deux quotidiens lémaniques. Tout en émettant un doute: «Ce règne sans partage de la droite bourgeoise laisse songeur. Les appels au pluralisme et aux idées nouvelles entendus dans le brouhaha de cette campagne paraissent légitimes. Peut-être un Conseil d’Etat à sept membres, comme le connaissent Vaud, Genève et Fribourg, apporterait-il un souffle nouveau au Valais de demain.»

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Le 5 mars dernier, après le premier tour, le Saviésan avait dit que l’on verrait «si, dans ce gouvernement, il y a de la place pour une droite qui défend encore certaines valeurs traditionnelles». Quoi qu’il en soit desdites valeurs, il est aujourd’hui hors du gouvernement. Car «il a eu tout faux», avait déjà écrit Le Nouvelliste, «ne comprenant pas qu’il sortait affaibli de ces quatre ans.» Alors, «le vote sanction a eu lieu dans une ampleur que personne n’imaginait» et qui avait secoué les médias:

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En matière de formule, Le Matin se défend bien aussi, en titrant que «les Valaisans inventent le Freyxit». A lire sa version imprimée, on dirait plutôt que c’est le PDC qui l’a inventée, avec sa «stratégie plus ou moins avouée […] de lui barrer la route […] dix ans après avoir contribué», toutes proportions gardées, «à éjecter Christoph Blocher du Conseil fédéral». Mais «d’une manière générale, le PDC a profité du climat de plus en plus hostile à Oskar Freysinger. C’est une défaite du populisme, de l’agressivité, c’est une défaite de Trump, ajoutait encore Christophe Darbellay», sans craindre non plus l’amphigourique comparaison. «Une fin de carrière bizarre», écrit plus sobrement le Bund.

«Il finit comme Icare, Oskar»: c’est à cette autre comparaison, plus mythologique, que se livre Le Quotidien jurassien, jamais avare de références culturelles. Et de filer la métaphore: «Il avait pourtant de l’envergure, Freysinger, et planait suite à son ascension phénoménale. […] Une explosion en plein vol.» Il «a certainement surestimé la robustesse de ses ailes. […] Il a cherché à faire de l’ombre au tout-puissant parti valaisan, […] il pensait que cette tactique lui donnerait des ailes, elle les lui a coupées.» Il y a donc eu «crash de l’aviateur», écrit le Walliser Bote. C’est ce que la Neue Zürcher Zeitung appelle, elle, «la surprise de Sion».

Mais dans la version imprimée du Nouvelliste, «l’Icare» connu pour être mort après avoir volé trop près du soleil devient un «ovni», qui s’est écrasé selon un «scénario impensable il y a quelques mois» et qui «va entrer dans l’histoire». Car cette fois, c’est sûr: «On ne peut pas être membre d’un gouvernement et ne pas vouloir endosser complètement le costume […]. On ne peut pas prétendre gérer un canton et donner l’impression de ne s’intéresser qu’à des problématiques internationales. On ne peut pas manier la provocation lorsqu’on doit fonctionner de manière collégiale. Et on ne peut pas vouloir prendre le pouvoir lorsqu’on ne pèse que 20% de l’électorat.»

Résultat: il paie le «prix de ses scandales», écrit le Tages-Anzeiger. «C’est de sa faute», ajoute la SRF. Mais «c’est une bonne chose pour le Valais», déclare Pascal Couchepin au Blick. «Attaqué sur sa droite, le PDC a sorti l’artillerie lourde. A vos crayons: feu libre!» explique le journal delémontain, qui cependant prévient: «Il n’y aura pas moins de soleil en Valais après l’éclipse […]. Le PDC serait fort mal inspiré de se laisser aveugler par sa victoire qu’il saura arroser. Il a beau faire la pluie et le beau temps, une évidence lors de ces élections, il n’est pas à l’abri d’une déconvenue. A qui la prochaine gueule de bois?»

Le site L’1dex.ch partage ce point de vue dans son «analyse subjective». Selon lui, «les optimistes veulent croire que cette défaite de l’un des symboles suisses de l’UDC est une sanction contre une certaine façon de faire de la politique, basée sur le conflit, la crainte des minorités, l’exclusion de l’étranger et la peur. Les pessimistes leur répondront que, la nature ayant horreur du vide, un autre «leader» surgira avec la même argumentation, dans l’espoir que les citoyens lui permettront d’accéder plus tard au pouvoir.» Le PDC valaisan «a sorti ses griffes et n’a pas accepté du tout ni l’affront subi en 2013, ni le pacte scélérat conclu avec Nicolas Voide. Le résultat? On élit un inconnu, on évite le trop rose et on écarte un trop grand trublion. La messe est dite. Même pas en latin.»

En attendant donc un éventuel retournement de situation lors des prochaines élections, un des erreurs «du barde de Savièse» consiste à «avoir cru, dopé par son score canon d’il y a quatre ans, que le peuple serait toujours avec lui. Or, élu pour donner un coup de pied dans la fourmilière, il a déçu. Il paie au final pour un ­bilan peu consistant, sans être pour ­autant déshonorant» tempère La Liberté de Fribourg. «Entre les deux tours», il a «certes reconnu ses erreurs et battu sa coulpe. Trop tard, personne ne croyait plus à sa possible métamorphose. Chassez le naturel, le trublion à la queue-de-cheval serait revenu au galop.» Comme les néologismes:

Le Courrier de Genève élargit la critique au conservatisme, juge-t-il, qui a marqué cette élection: «Le Valais, qui a misé sur un illusionniste le temps d’une parenthèse, remet donc plus que jamais son destin dans les mains des partis bourgeois. Les promesses socialistes ne l’ont pas séduit plus que ça, l’électorat se satisfaisant d’une magistrate, Esther Waeber-Kalbermatten, qui s’est complu dans le costume silencieux de la collégialité. A un Stéphane Rossini qui aurait pu amener un – petit – vent progressiste, les Valaisans ont préféré Frédéric Favre, néophyte en politique.»

Et de «s’étonner que l’électeur n’ait pas tenu rigueur aux démocrates-chrétiens du peu de transparence dans l’affaire de la pollution au mercure du site Lonza, du peu d’avancées dans le dossier de l’autoroute A9 ou encore des petits arrangements avec le fisc de l’encaveur Giroud, si proche du ministre sortant PDC Maurice Tornay. Remplacer ce mauvais cheval par Christophe Darbellay aura donc suffi. Ce mari volage, qui pourtant affichait sa famille comme un modèle, n’a pas pâti de ses déboires privés. Tant mieux, si l’on considère que ses amours ne regardent que lui. Tant pis, si l’on estime que […] le PDC véhicule encore trop souvent une vision traditionnelle et conservatrice de la famille, qui étouffe celles et ceux qui s’en écartent.»

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