Transition

Femmes, 50 ans? Le nouvel âge ingrat

La quinqua d’aujourd’hui est épanouie? Pas sûr, répond Elodie, 55 ans. Qui, à l’image de beaucoup de ses contemporaines, assure que la réalité est moins dorée que l’image véhiculée par la société. Récit éclairant et avis autorisé sur ce virage de vie

Elodie, 55 ans, est jolie, fine des pieds à la tête. Elle a un esprit vif, une silhouette parfaite. Mais Elodie fulmine. L’objet de sa tempête? L’idée selon laquelle, pour la femme comme pour l’homme, les 50 ans sont les nouveaux 40. «C’est faux, archi-faux», s’insurge-t-elle. «Pour la femme, 50 ans sont plutôt les nouveaux 70!» Qu’elle parle des sensations intérieures, ce corps ménopausé qui change, qui lâche, ou du regard extérieur, celui, notamment, porté par les hommes, Elodie, mère d’un fils adulte, est formelle: la femme de plus de 50 ans n’est plus «bankable» et il faut arrêter «avec ce mythe de l’éternelle jeunesse». Forcément, en face, on est sceptique. On se dit que parmi les quincados, il y a aussi des filles, mais elle insiste. «Même si, à 50 ans aujourd’hui, on est moins usées que ne l’étaient nos mères, on est bien plus éprouvées et surtout plus rejetées que l’image véhiculée par la société. Et je ne suis pas un cas isolé, c’est ce que vivent aussi mes amies célibataires.»

Jeune vieille ou vieille jeune?

En effet, lorsqu’on commence à interroger des quinquagénaires ou qu’on épuise les sites qui parlent de cette grande affaire, le résultat sidère. Derrière la couche de vernis, surgit un récit étonnamment homogène qui parle d’épuisement, de situations absurdes et de sensation de gâchis. Oui, entre 50 et 55 ans, beaucoup de femmes se sentent obligées de lutter contre le poids, les rides, la fatigue due à sommeil perturbé, la fragilité émotionnelle, les sautes d’humeur, etc, pour garder l’allure et l’élan d’une quadra. Elles y laissent, disent-elles, beaucoup de plumes, sans pour autant gagner la partie. Alors, vers 55 ans, nombre de ces guerrières décident de lâcher, d’accepter. Et passent avec soulagement du statut de «jeune vieille à celui de vieille jeune».

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Le trauma au yoga

A l’exemple d’Elodie. Dont le parcours emblématique résume parfaitement ce chemin qui va du fantasme à la réalité. A 50 ans, c’est la fête. Avec son amoureux et ses amis, la belle part à Vienne célébrer son jubilé. Elle porte une guêpière façon cabaret, elle est la reine de la soirée. «Je me disais, j’ai beau devenir une quinquagénaire, je ne suis pas vieille.» Deux événements vont la faire déchanter. Le premier est intérieur. Fan de yoga, Elodie pratique à fond sa passion. Elle est douée, les élèves de 30 ans n’ont rien à lui envier en termes de souplesse et de prestations. Sauf qu’un jour, à 52 ans, un exercice lui résiste. «Assis en tailleur sur un plot, on devait faire toucher le genou gauche au sol. Contrariée de ne pas y arriver, j’ai forcé alors que ma prof nous répète toujours de ne jamais le faire et, crac, ma hanche a lâché.» Elodie va consulter en pensant claquage ou froissement et là, c’est la douche froide, le médecin lui diagnostique de l’arthrose. Premier coup d’assommoir. «Avec ce verdict, j’ai réalisé que mon corps n’était plus celui d’une jeune femme. Que je devais faire le deuil de ma plénitude physique. Dans ma tête, je suis passée de 30 ans à 70 ans d’un coup, ça été un gros choc.»

Des très jeunes ou des très vieux

Le deuxième événement est extérieur. A 52 ans, Elodie se sépare. «C’était une bonne chose, je vivais une relation toxique avec un manipulateur qui ne cessait de me mettre à l’épreuve.» Soulagement donc, sauf que la suite n’est pas rose. «De retour sur le marché de la séduction, je suis tombée à la renverse. Dans la rue, les transports publics et les soirées, j’ai tout à coup réalisé que je possédais un superpouvoir: l’invisibilité. Désormais, plus aucun homme ne me voit. Dans le train par exemple, la plupart des hommes fixent leur portable, et s’ils lèvent les yeux, ils me passent à travers. Je vous assure: une femme quinquagénaire devient subitement invisible!» Ensuite, poursuit la jolie Elodie, les sites de rencontre ne relèvent pas le niveau. «Les hommes de mon âge visent et conquièrent sans problème des femmes de dix, quinze ans de moins. Dès lors, sur les sites, j’étais soit approchée par des très jeunes garçons, de 25 ans, qui veulent se faire une MILF pour frimer auprès des copains. Soit par de vieux types avec qui je ne partage rien.» C’est qu’Elodie aime la musique électronique et court les concerts. «Une histoire qui se résume à l’enchaînement classique dîner, ciné? C’est pas mon truc!»

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Vagin fossilisé

Autre ennui majeur, poursuit Elodie, «sexuellement, c’est plus pareil.» C’est connu et les quinquagénaires interrogées l’ont confirmé: la sécheresse vaginale n’est pas le meilleur argument pour entreprendre un amant. «On subit déjà un corps qui gonfle ou qui surchauffe avec la ménopause. Ensuite, en pleine action, on doit dire à l’élu: attends deux secondes, je vais chercher mon gel lubrifiant. Super romantique, non?» Pourtant, après trois ans de disette sexuelle, sa gynécologue l’a prévenue: le vagin d’Elodie est en train de se rigidifier et un peu d’activité ne serait pas déconseillée… «Je ne me vois pas ramener chez moi le premier type rencontré dans un bar, juste pour assouplir mon vagin. Je suis assez équipée et experte pour me satisfaire en solitaire, tant pis pour la fossilisation de mon intimité!»

La chirurgie esthétique? Une triste mascarade

On regarde Elodie et on n’en revient pas. Invisibles, ces yeux coquins, cette bouche pimpante et ce tempérament plein d’humour et d’énergie? Elle confirme. «J’ai même vécu une situation affreusement humiliante à ce sujet. Un soir, je suis allée boire un verre avec une amie, une jolie femme d’une trentaine d’années. Un homme s’est approché de nous et lui a proposé un verre sans m’en offrir un, ni même me regarder. Le choc! Et la confirmation que je suis bien devenue invisible…», soupire la quinqua.
A-t-elle pensé à la chirurgie esthétique pour gommer les années? «Bien sûr, on y pense toutes. Mais ce que je veux moi, c’est être jeune, et non paraître jeune. De toute façon, la chirurgie, c’est une fuite en avant, car ce n’est jamais fini. J’ai une amie qui s’y soumet. Ça lui coûte cher, de 6’000 à 10’000 euros chaque fois, et elle n’est jamais complètement contente du résultat. Sans compter que, des mains aux lunettes de presbyte, il y a toujours un détail qui trahit l’âge. On vaut mieux que cette triste mascarade.»

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La solution passe par le détachement

Elodie a préféré grandir. C’est elle qui le dit. Après trois ans d’un travail intérieur intensif, méditation et yoga, mais en douceur, cette fois –, la pétulante quinqua a appris à se détacher, à s’autonomiser. «Avant, mon bonheur passait forcément par le couple. Aujourd’hui, ça peut paraître étonnant, mais je suis dans un état de félicité qui frise le bonheur total! Je peux aller au cinéma seule, partir en vacances seule. Je me sens bien, j’ai développé de la bienveillance envers moi-même. Et surtout, je ne ressens plus cette tension de la séduction. Je discute avec des hommes sans arrière-pensée, je suis libérée!» Bien sûr, la belle n’a pas fait vœu d’abstinence, mais ne cédera pas à n’importe quelle sirène masculine. «Si je devais rencontrer quelqu’un maintenant, ce serait un homme avec qui j’aurais une vraie affinité. Je ne m’aveuglerais plus, juste pour être en couple. Aujourd’hui, je peux aussi envisager presque sereinement le fait de ne plus jamais refaire l’amour jusqu’à la fin de ma vie.»

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A 50 ans, le sentiment de bien-être descend au plus bas

Le trajet accompli par Elodie fait réfléchir, frissonner. Et rappelle la thèse de Christophe Fauré dans son ouvrage «Maintenant ou jamais! La transition du milieu de vie». Spécialiste du deuil, ce psychiatre et psychothérapeute français n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, la crise des 50 ans est aussi déstabilisante que l’adolescence. Mieux, selon le spécialiste, le sentiment général de bien-être atteint son niveau le plus bas à cet âge et remonte après! La grande différence entre l’homme et la femme, poursuit le psychiatre, c’est que la femme, soumise à la ménopause, y est confrontée sans délai, alors que l’homme, intact physiquement, peut se bercer d’illusions à 50 ans. Mais tôt ou tard, il devra lui aussi affronter ce moment de restructuration relativement violent, puisqu’il consiste à «abandonner son ancien moi pour une nouvelle fondation».

Le temps de la «persona»

Explications. Jusqu’à 50 ans, l’être humain est tourné vers l’extérieur. Il construit ses vies professionnelle, personnelle et sociale et existe essentiellement dans le regard de l’autre. Du coup, il est dans une énergie constante de séduction. Dès 50 ans, explique Christophe Fauré, le mouvement s’inverse. L’être humain se tourne vers lui-même et cherche à satisfaire ses propres aspirations. Ce n’est pas de l’égoïsme, explique le thérapeute, mais la prise en compte de sa «persona», le «moi» intime selon Jung, qui a spontanément été mise en berne lors de la première phase de vie. Ces aspirations peuvent se traduire par des réalisations artistiques, un grand voyage, une quête spirituelle, une nouvelle manière d’organiser ses journées, etc. Pour savoir ce qui compte vraiment, chacun doit «entrer en amitié avec soi-même et se poser les vraies questions», énonce le psychiatre.

Une belle femme, c’est…

Comme on peut l’imaginer, ce n’est pas toujours évident. Parfois, pour certains, c’est même carrément la panique de lâcher ce qui les a constitués. Beaucoup résistent d’ailleurs à cette mue par peur de perdre leur statut et vont jusqu’à étouffer ce mouvement sous des médicaments, souligne Christophe Fauré. Pourtant, on l’a compris avec Elodie, c’est une chance aussi. Un mal pour un bien. Ou un bien tout court puisqu’on quitte le grand huit de la vie pour une sorte de manège enchanté, frappé au sceau de la sérénité…

Alors ça plane pour la jolie quinqua qui a trouvé son nouveau moi? «Oui, au fond de moi, je me sens parfaitement bien», répond Elodie tout sourire. «Mais je suis fâchée contre cette société qui rejette les femmes dès qu’elles changent de silhouette ou deviennent ridées. Pour moi, une belle femme est une femme vivante, lumineuse, joyeuse, quel que soit son âge! Malheureusement, les hommes et les magazines ne voient pas les choses comme ça et, dans les rangs de mes contemporaines, cette dureté de regard crée de gros dégâts.»


Maintenant ou jamais!-La transition du milieu de vie, Christophe Fauré, Albin Michel, 2011.

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