Santé

Les primes d’assurance maladie pourraient doubler

Credit Suisse a publié une étude qui met en garde contre les hausses des coûts de la santé d’ici à 2040 qui pèseront lourd sur les budgets des ménages. Le groupe préconise une plus grande automatisation du secteur

Une personne sur dix. C’est le nombre d’actifs en Suisse qui travaillent dans la santé. Les dépenses dans ce domaine représentent 70 milliards de francs, soit 10% du produit intérieur brut du pays. De quoi juger que «l’évolution de ce secteur sera déterminante pour l’avenir économique de la Suisse», a affirmé Credit Suisse, dans une étude présentée lundi à Zurich sur le système de santé.

Or la Suisse se trouve face à un défi: les coûts ont augmenté d’un tiers en dix ans. Et la hausse va continuer, à un rythme de 3,2% par an en moyenne jusqu’en 2040, selon les experts de la banque. A ce rythme, de 11% du PIB, les dépenses de santé augmenteront jusqu’à 15%. Et surtout, «dans ce scénario, les primes d’assurance maladie moyennes par habitant vont presque doubler», a expliqué Andreas Christen, l’auteur principal de l’étude. Cela fera passer la prime moyenne de 274 francs par mois en 2015 pour l'assurance obligatoire à 517 francs par mois en 2040.

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Difficile à payer

Une progression qui semble plausible à Felix Schneuwly, expert du secteur de la santé chez Comparis. Pour le spécialiste du comparateur en ligne, c’est bien ce qui risque de se produire si on ne fait rien pour contenir la hausse des coûts de la santé et pour améliorer son efficacité. A moins que les ménages économisent ailleurs, estime-t-il, ces montants deviendront difficiles à payer. Pour l’instant, les ménages consacrent en moyenne 7% de leur revenu brut aux primes d’assurances maladie, selon Credit Suisse. Une proportion qui grimpe à 15% pour ceux dont le revenu mensuel brut est inférieur à 5021 francs.

Lire aussi: L’étude complète de Credit Suisse sur les coûts de la santé

Credit Suisse a également étudié l’origine de la hausse des dépenses. «Contrairement à l’hypothèse largement répandue, ce n’est pas le vieillissement démographique qui en est le principal responsable, mais des facteurs tels que le progrès médical, une augmentation de la consommation individuelle et des incitations inopportunes liées au système», ont détaillé les analystes, qui estiment que ce développement va continuer.

En septembre dernier, avant que les primes 2017 soient annoncées, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) affirmait d’ailleurs aussi qu’il existait un «recours accru aux soins, dont l’ampleur ne s’explique pas d’un point de vue médical». De fait, l’accroissement et le vieillissement de la population expliquent moins de la moitié de la hausse des dépenses.

Plus de robots

Les besoins en main-d’œuvre n’échappent pas à la tendance. Selon Credit Suisse, il faudrait 185 000 emplois supplémentaires d’ici à 2040 – le secteur en compte 360 000 actuellement. A moins d’une plus grande automatisation, qui pourrait s’appliquer à 23% des activités «considérées comme routinières». Le nombre de postes supplémentaires diminuerait ainsi à 67 000 emplois.

Felix Schneuwly, de Comparis, estime également que la numérisation et l’automatisation peuvent apporter beaucoup pour l’efficacité du service de soins. Même si cela demandera un changement de mentalités: «Au Japon, par exemple, on accepte que certaines tâches de soin soient réalisées par des robots. En Suisse, c’est exclu. En même temps, on veut freiner l’immigration d’Européens qui représente une grande partie de ce personnel. Il faudra donc changer et accepter une plus grande robotisation.»

L’évolution des frais de la santé n’inquiète pas seulement Credit Suisse. En janvier, Ernst & Young s’était montré encore plus pessimiste, estimant que les primes allaient plus que doubler en 2030 déjà. Les deux entreprises ne s'accordent cependant pas sur les montants moyennes de primes, puisque Credit Suisse parle de 274 francs par mois, tandis que le cabinet de consultants se base sur 396 francs, également pour l'assurance de base. 

Lire aussi: Les primes d’assurance maladie vont plus que doubler d’ici à 2030

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