Allemagne

L’auteur de l’attentat contre le Borussia Dortmund voulait s’enrichir

La police a interpellé vendredi un Germano-Russe de 28 ans, soupçonné d’avoir commis l’attentat contre le club Borussia Dormund pour s’enrichir grâce à la chute du cours du titre. Un cas inédit dans les annales criminelles allemandes

Les enquêteurs étaient partis sur la piste islamiste. Une unité d’élite de la police allemande, le GS9, a finalement interpellé vendredi matin dans les environs de Stuttgart un jeune homme germano-russe, au cours d’une opération musclée. Deux complices potentiels sont toujours activement recherchés. Le parquet est convaincu que Sergev W., 28 ans, est l’auteur de l’attentat perpétré le 11 avril dernier contre le bus de l’équipe de football du Borussia-Dortmund. L’homme voulait s’enrichir en spéculant sur un effondrement du cours de l’action de ce club coté en bourse. Un cas inédit dans les annales criminelles allemandes…

Le 11 avril dernier, le défenseur du Borussia Dormund Marc Bartra et un policier à moto chargé de la protection de l’équipe sont blessés lors d’une série de trois puissantes explosions alors que le bus de l’équipe quitte l’hôtel L’Arrivée, où sont hébergés les joueurs avant d’affronter l’AS Monaco en match aller de la Ligue des Champions. Les explosifs, dissimulés dans une haie, contiennent des tiges métalliques qui ont été projetées par la déflagration. L’une d’entre elles se fiche même dans le repose-tête d’un siège du bus. Une autre avait été retrouvée à 250 mètres des lieux de l’explosion selon le parquet.

Le bilan aurait pu être bien plus lourd

Les engins – construits «par un professionnel» selon les enquêteurs — sont visiblement faits pour tuer. Selon le quotidien Bild Zeitung, le suspect avait les compétences pour fabriquer des bombes déclenchées à distance: en juillet 2015, il avait remporté un prix en électronique et en ingénierie industrielle. Au soir de l’attentat, la police parle de «miracle». Le bilan aurait pu être bien plus lourd si la principale charge avait été placée comme les autres à même le sol et non à un mètre de haut, sur un muret, ratant sa cible.

Lire aussi: «De Dortmund à Bastia, une semaine de cauchemar sur la planète foot»

Sur les lieux de l’attentat, les enquêteurs retrouvent une lettre en trois exemplaires, rédigée «au nom d’Allah», et appelant l’Allemagne à cesser toute participation aux opérations de la coalition antidjihadiste en Syrie. Deux autres lettres de revendication, l’une de l’extrême droite, l’autre de l’extrême gauche, sont retrouvés dans les jours suivant l’attaque. Un Irakien de 26 ans, connu des services de sécurité pour ses sympathies avec l’islam radical est présenté un temps comme le principal suspect. Faute de preuves de son implication dans l’attaque, il est placé en détention provisoire, deux jours après l’attentat, pour «appartenance au groupe Etat Islamique (EI) en Irak en 2014-2015» et pour ses contacts avec l’EI depuis l’Allemagne. Mais rapidement les enquêteurs doutent de la piste islamiste et l’enquête se dirige vers les clients de l’hôtel.

Actions achetées la veille

Sergev W. a réservé à deux reprises à l’Hôtel-Spa «l’Arrivée» de Dortmund, du 9 au 13 avril puis du 16 au 20 avril, deux dates où le Borussia Dortmund devait séjourner sur place. A chaque fois, le jeune Germano-Russe demande une chambre «sur la rue». La veille de l’attentat, il achète depuis le serveur internet de sa chambre d’hôtel pour 15 000 actions «avec put d’option» du club, lui permettant de spéculer sur une chute du cours en bourse du titre.

Le Borussia Dortmund est le premier club d’Allemagne à être entré en bourse en octobre 2000. La transaction – d’une valeur de 78 000 euros – est financée grâce à un crédit à la consommation souscrit peu auparavant. L’objectif de Sergev W., soulignent les enquêteurs, était de tuer ou de blesser le plus grand nombre possible de joueurs, pour faire s’effondrer le cours du titre, et engranger jusqu’à 3,9 millions d’euros de bénéfices, selon les calculs du quotidien Bild Zeitung. L’action du Borussia Dortmund, qui avait clôturé à 5,62 euros mardi 11 avril à la bourse de Francfort avait reculé de 3% à 5,43 euros le lendemain de l’attentat pour se ressaisir et finir à 5,40 euros le 20 avril.

La brutalité avec laquelle Sergev W. a agi dans le but de s’enrichir choque la presse allemande. «Cet attentat est sans précédent» dans les annales criminelles allemandes, souligne le magazine Der Spiegel sur son site électronique, s’étonnant de «ce phénomène criminel tout à fait nouveau». Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, CDU, s’est félicité de l’arrestation rapide de Sergev W. tout en insistant sur les motifs «particulièrement répugnants» du terroriste.

Publicité