Du bout du lac

De l’art de ne pas être entendue

Notre chroniqueur confesse, «cum grano salis», son malaise devant la campagne de l’Université de Genève contre le harcèlement

Jeudi matin dans le soleil rasant du parc des Bastions, je me demandais encore ce que j’avais en moi de Tennessee quand je décidai de bifurquer par l’Université, pour gagner du temps. Passé le buste d’Antoine Carteret, je pousse la lourde porte de l’institution et m’engouffre dans la molasse. Je traverse le hall clairsemé d’un pas nostalgique, lorgne un séminaire de logique placardé sous un plexiglas et m’apprête à plonger dans la rue De-Candolle, quand une affiche verte m’apostrophe.

«Toutes mes excuses»…

«Et si au lieu de commenter mes jambes, ma robe, mon décolleté, ma démarche, vous commentiez ma recherche?» suggère-t-elle, lapidaire. Je me retourne, jette un œil à la ronde, personne. C’est donc à moi que s’adresse le rappel à l’ordre. Pardon Mademoiselle, toutes mes excuses, hésité-je… Il s’agit d’une terrible méprise, votre recherche est certainement passionnante et votre robe ne me regarde pas, vous devez confondre. Je m’éloigne donc poliment, un peu surpris mais pas fâché, me disant qu’après tout, un homme averti en vaut deux.