Ah, le fameux droit des enfants! Combien de fois n’ai-je pas entendu cette complainte de mes ados: «En Suède, ou en Norvège – on n’est pas très regardant sur la géographie à cet âge-là –, tu n’aurais pas le droit de: me confisquer mon téléphone, me priver de sortie ce soir, me demander TOUS LES JOURS de mettre le couvert. Tu pourrais être punie pour cela!»

Vraiment? Il fallait en avoir le cœur net. La Norvège étant le pays inventeur du Défenseur des enfants, direction Oslo. Et rencontre avec Anne Lindboe, pédiatre de formation, et 5e «Barneombudet» depuis que la fonction a été créée en 1981.

100 000 enfants concernés

De fait, on entend par enfants les personnes mineures, âgées de moins de 18 ans, qui représentent 25% de la population (un Norvégien sur 5 ayant même 14 ans et moins): le domaine d’action d’Anne Lindboe est donc vaste. Il concerne avant tout la violence physique et mentale – «elle touche 10% des enfants soit 100 000 enfants, c’est effrayant, énorme». Vingt mille seraient même victimes de violences graves. «Et ces enfants victimes deviennent des adultes malades, ce qui est mauvais pour notre société, et lui coûte cher. C’est donc un bon investissement que de lutter contre ces violences.»

«A 7 ans, il faut écouter les enfants, à 12 ans, il faut tenir compte de ce qu’ils disent.» Enfants négligés, déchirés entre des parents divorcés, victimes de violences sexuelles – la palette déjà étendue s’est internationalisée avec de nouveaux problèmes nés de l’immigration. «On n’arrive pas à élever nos enfants ici, reconnaît à mi-mots une mère rencontrée près d’une aire de jeux à Gronland, un quartier à forte densité d’émigrés derrière la gare d’Oslo, on ne peut pas les corriger!» Il est interdit en effet de porter la main sur un enfant pour quelque raison que ce soit depuis 2005. «Quelle que soit la culture de violence du pays d’origine, nous devons leur apprendre à trouver de nouvelles façons d’éduquer les enfants, explique Anne Lindboe. Frapper un enfant détruit toute relation avec lui, et détériore sa confiance en lui.»

Mais c’est le renvoi d’enfants dans le pays d’origine de leurs parents qui suscite le plus d’inquiétudes à la défenseure des enfants. Un cas a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines, celui de Neda, 12 ans, dont 10 passés en Norvège, renvoyée en Jordanie avec sa famille parce que ses parents avaient menti lors de leur demande d’asile. «Bien sûr qu’on aurait d’abord dû voir l’intérêt de l’enfant!» Anne Lindboe voudrait aussi rendre automatique le droit à la crèche des enfants de demandeurs d’asile, géré aujour­d’hui par les municipalités.

La deuxième fonction la plus respectée en Norvège

Pour faire changer les choses, le Barneombudet doit avant tout user de persuasion, et de son aura – la fonction est la 2e la plus respectée en Norvège après la Cour suprême, selon un sondage. Rencontres informelles avec les députés, travail avec les associations, déclarations dans les médias, campagnes d’information dans les écoles, recommandations officielles: le médiateur dont le budget est voté au parlement agit ensuite en totale indépendance.

Anne Lindboe travaille sur les structures, et non sur les cas particuliers, sauf en cas d’extrême urgence. Dix-huit personnes aujour­­d’hui conseillent et dirigent les appelants vers les services sociaux appropriés, ou répondent aux questions posées sur le site web. Parmi elles, beaucoup de questions concernant les relations parents/enfants sur le maquillage, les sorties, les devoirs… Ce qui ne doit absolument pas occulter les vrais problèmes. «40 000 enfants se disent victimes de harcèlement à l’école, et nous sommes contents car la loi va changer, l’école devra faire la preuve qu’elle est intervenue, ou elle devra verser des dédommagements.» Les petits Norvégiens se disent aussi soumis à trop de pression scolaire et parascolaire. «Certains nous disent que leur rêve serait de ne rien faire pendant toute une journée.»

Projets en cours

Deux projets mobilisent le Ombudet à présent: mieux former les personnels soignants à l’écoute des enfants, et développer la présence d’infirmières dans les écoles. Autre discussion en cours: les parents ont-ils le droit de pister leurs enfants avec des applications de type GPS? Est-ce pour leur sécurité, ou cela va-t-il contre leur droit à une vie privée? Le défenseur des enfants est en prise directe avec la modernité, avec de sacrés défis. Et beaucoup d’ambitions aussi: «Une société qui respecte les droits humains des enfants devrait en une génération devenir une société qui respecte tous les droits humains», lit-on ainsi dans la déclaration d’intention du médiateur.

La fonction de Défenseur des enfants est la deuxième la plus respectée du pays