Humanité

Le nouvel agenda pourrait changer la nature de l’ONU

Barack Obama a jugé les objectifs pour 2030 «ambitieux, mais atteignables»

Le nouvel agenda pourrait changer la nature de l’ONU

«Faisons savoir aux sceptiques et aux cyniques que le développement fonctionne.» Dans un plaidoyer en faveur des nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) livré dimanche à la tribune de l’ONU, Barack Obama a jugé impératif d’agir de façon musclée en dépit des progrès accomplis ces dernières années. Le président américain a exhorté l’Assemblée générale des Nations unies à tout faire pour atteindre les ODD. «La tâche sera difficile, […] mais notre sens de l’humanité doit nous forcer à agir.» Pour Barack Obama, les ODD sont «ambitieux, mais ils sont atteignables si nous coopérons».

La Chine a de son côté voulu déjà donner chair aux ambitieux Objectifs de développement durable. Samedi à l’ONU, Xi Jinping a promis de contribuer à hauteur de 2 milliards de dollars à aider les pays les plus démunis à s’extraire de la pauvreté. Le secteur privé a aussi voulu apporter sa pierre à l’édifice. Samedi au palais de verre, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, et le fondateur de Microsoft, Bill Gates, ont déclaré vouloir mettre de substantielles ressources à disposition pour garantir un accès universel à Internet d’ici à 2020.

Le sommet du développement qui s’est tenu ce week-end sur les bords de l’East River peut potentiellement changer la nature des Nations unies. Les plus convaincus parlent même d’un changement de paradigme. Depuis sa création en 1945, l’une des missions centrales de l’enceinte onusienne relevait de la sécurité internationale. Aujourd’hui, cette composante reste importante au vu de l’explosion du budget consacré aux opérations de maintien de la paix (8,25 milliards de dollars). Mais les blocages récurrents du Conseil de sécurité lors de graves crises, à l’image de la Syrie, montrent les limites de l’exercice. La composante développement au sein de l’ONU est déjà très présente. Mais avec les Objectifs de développement durable, celle-ci se renforce. Les ODD exigeront toutefois de l’ONU que ses agences travaillent davantage de façon transversale pour augmenter leur force d’impact sur le terrain, où elles sont déjà actives.

Le défi du financement

Contrairement aux Objectifs du millénaire (ODM), les ODD n’ont pas été imaginés par un cercle fermé d’experts onusiens. Ils résultent d’un processus de la base (grassroots). La société civile, le secteur privé et les milieux de la science y ont été étroitement associés. En soi, c’est un changement majeur. Aussi difficile puisse-t-elle être, la mise en œuvre du nouveau programme de développement sera ainsi surveillée de près par cette même société civile. Le nombre important d’objectifs et de cibles s’explique aussi. Certains Etats membres l’avouent: de peur de risquer de provoquer la suppression d’un objectif auquel ils tenaient, ils ont laissé d’autres for­muler les leurs.

Comment financer un projet aussi ambitieux? Présent à New York, l’envoyé spécial du Conseil fédéral pour l’agenda onusien post-2015, Michael Gerber, le souligne: «Pour le financement, l’argent est là. Et cela ne reposera pas que sur l’aide publique au développement, qui ne représentera que 3% du total. Les Etats ne seront pas les seuls à mobiliser des ressources. Le secteur privé sera aussi sollicité, peut-être même des caisses de pension. La fiscalité peut aussi être un outil, au même titre que le development financing

Avec le recul, difficile d’attribuer aux seuls ODM la baisse de la pauvreté. La forte croissance de l’économie chinoise, par exemple, y a fortement contribué en permettant à 439 millions de Chinois de sortir de l’indigence. Les ODM ont toutefois créé une dynamique. C’est l’espoir que nourrissent les responsables onusiens avec les Objectifs de développement durable. Créer une vraie dynamique .

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