Les ethnomusicologues ont longtemps aimé la pureté. Même Laurent Aubert, l'inventeur des Ateliers d'ethno à Genève, qui partait jeune en Inde à la chasse aux sitars et raffolait du rock mais ne célébrait pas avec autant d'ardeur la rencontre entre Ravi Shankar et George Harrison. Plus personne ne croit aujourd'hui que les mondes puissent être séparés, les traditions isolées et les racines uniques.

Les Nuits du monde jouent sur les terroirs. Le contrebassiste Renaud Garcia-Fons, fanatique de l'Andalousie arabe et des écritures modales, rencontre donc un maître turc, Derya Türkan. L'idée, révolutionnaire par les temps qui courent, est de délimiter un terrain d'entente, des affaires communes entre des esthétiques qui ne souhaitent pas se fondre ni se superposer. Dhafer Youssef, chanteur et joueur d'oud tunisien, a résolu le dilemme des origines en devenant lui-même un homme-monde. Il a vécu en Autriche, a aimé passionnément le chant des muezzins, mais il reste profondément ce prodige des grands espaces qui n'appartiennent qu'à lui.

Pour Isabelle Courroy, souffleuse en flûtes turques depuis vingt-cinq ans, la rencontre a valeur d'immersion. Elle se glisse dans les mélismes balkaniques, les volutes d'Anatolie et même de Perse, comme si la culture de l'autre était un festin auquel chacun était convié. Elle jouera ici avec l'Iranienne Shadi Fathi et le percussionniste d'origine libanaise Wassim Halal. Les plaques tectoniques seront à la fête un peu partout, dans ce festival. Avec des rencontres intérieures, entre instruments anciens et modernes: les Japonais Aki et Kuniko, koto et guitare. Avec des films qui traitent du dialogue: Crossing the Bridge.

Comme si rien ne valait en musique que le regard qui se déplace.