Ce n’est donc pas un pilote qui commandera dès le 1er janvier 2013 l’aviation suisse, mais un officier issu de la milice, formé à la défense aérienne, en l’occurrence les missiles Stinger, et qui a commandé des troupes d’infanterie de montagne avant de diriger des états-majors. Ce n’est pas la première fois qu’un commandant des Forces aériennes n’a pas de brevet de pilote. Ce fut le cas de Hans-Ruedi Ferhlin et de Walter Knuti dans les années 2000.

La désignation a toutefois pu surprendre, au moment où il s’agit d’opposer des arguments techniques et opérationnels aux détracteurs du Gripen, de convaincre de ses qualités les pilotes, tous favorables au concurrent le Rafale, et de planifier son introduction sur les bases aériennes. Ce changement de pilote en plein vol pourrait déstabiliser le processus, craignent certains officiers.

Mais cette nomination est bien dans la logique d’Ueli Maurer. La première raison de ce choix, a-t-il expliqué, c’est qu’Aldo Schellenberg, économiste de formation, patron d’une société de consultants, est d’abord un officier de milice: «je veux montrer que quelqu’un de la milice peut monter jusque tout en haut». Ueli Maurer a toujours défendu une armée issue du peuple, rustique, polyvalente. L’armée de l’air et sa haute technologie, ses spécialistes professionnels, ce n’est pas à elle qu’il pense lorsqu’il évoque «la meilleure armée du monde». Il a d’ailleurs de quoi se méfier du corps des pilotes, réticents à l’idée de devoir voler sur le Gripen, et séduits par le Rafale français au point de manquer parfois à leur devoir de loyauté.

Certes, Ueli Maurer ne peut pas faire ce reproche au commandant sortant, Markus Gygax, d’une fidélité absolue. Mais les fuites sur le rapport d’évaluation du Gripen par les Forces aériennes ont secoué les relations de confiance avec les cadres de l’aviation.

Et puis, même si l’aviation c’est le cœur et la raison d’être des Forces aériennes, «il n’y a pas que des pilotes dans ce corps, ils sont même minoritaires», ajoute Ueli Maurer. Le conseiller fédéral veut un commandant qui sache se faire obéir et qui soit à même de diriger son unité là où il faut aller. Pas besoin qu’il sache voler, du moment qu’il ramène le calme et la discipline. Et si en plus son expérience de l’économie d’entreprise lui permet de gérer les Forces aériennes de manière rationnelle et efficace, tant mieux.

En fait, Ueli Maurer poursuit sa stratégie de placer aux postes clefs des fidèles prêts à partager sa vision conservatrice de la milice et d’éloigner ceux qu’il soupçonne prêts à propager la grogne. Avec son chef de l’armée André Blattmann, le patron de l’armement Ulrich Appenzeller et désormais Aldo Schellenberg, le ministre de la Défense a désormais l’armée en mains.