Chronique

Ces objets qui nous écoutent

Digitale Attitude. Les logiciels de reconnaissance vocale s’infiltrent de plus en plus dans notre quotidien

C’est devenu la norme. Chaque fois que nous appelons une entreprise, nous sommes prévenus: «Pour des raisons de formation et sécurité, cet appel peut être enregistré.»
Mais saviez-vous que toutes vos conversations avec Siri, l’assistant virtuel pour iPhone ou son équivalent Google Now pour Android, étaient enregistrées également?

Que vous ayez demandé l’heure ou ce qui se joue au cinéma le plus proche, ces logiciels de reconnaissance vocale, activés depuis votre smartphone, tablette ou ordinateur, n’oublient jamais rien ou presque. Si vous ne faites pas la démarche de désactiver certains paramètres, Apple effacera les enregistrements de Siri au bout de deux ans. Quant à Google, il les conserve indéfiniment – à moins de se rendre sur une page consacrée à l’historique de ses recherches pour les supprimer.

Les logiciels de reconnaissance vocale s’infiltrent de plus en plus dans notre quotidien. En février dernier, une Smart TV de Samsung, dotée de commandes vocales à distance, a attiré les foudres des défenseurs de la vie privée pour avoir mis en garde les consommateurs dans sa politique de confidentialité: «Sachez que (toutes) vos paroles pourront être enregistrées et transmises à un serveur tiers.»

L’annonce d’une nouvelle poupée Barbie parlante et connectée qui doit sortir pour Noël soulève à son tour un tollé d’indignation. Dotée d’intelligence artificielle, elle est capable de tenir une conversation avec un enfant et de mémoriser ses intérêts pour proposer une réponse adaptée à un autre moment. Les conversations, enregistrées, sont envoyées à un serveur de Mattel pour être traitées et améliorer les performances du logiciel. Et en toute transparence, ces mêmes fichiers audio sont aussi envoyés aux parents. «Stasi-Barbie!» dénonce le journal allemand Stern, pour qui visiblement la mise sur écoute reste encore un sujet sensible. Et une association américaine qui milite pour une enfance moins commerciale s’insurge contre le fait que les enfants, en parlant à Hello Barbie, seront en réalité en train de s’adresser non pas à une poupée, mais directement à une multinationale. Bienvenue dans la réalité des objets connectés.

EMILY TURRETINI

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