Syrie

Les Occidentaux haussent le ton avant la reprise des pourparlers de Genève

Une nouvelle fois, le sort de Bachar el-Assad menace de gripper le processus

Les nouvelles discussions sur la Syrie qui commencent ce lundi déboucheront-elles sur des «vraies» négociations ? Alors que les membres des délégations syriennes arrivaient ce week-end à Genève, Paris et Washington ont haussé la voix: les Occidentaux réclament que soient enfin fixés les contours d’une «transition politique» qui dessinera l’avenir de la Syrie en excluant le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad. Peu avant, le gouvernement de Damas venait de doucher leurs espoirs: le sort du président Assad représente une «ligne rouge», assurait-il. Pas question de l’évoquer à Genève.

«Toutes les parties doivent respecter la cessation des hostilités, coopérer dans la livraison d'aide humanitaire, et respecter le processus de négociations visant à parvenir à une transition politique. Si le régime et ses alliés pensent qu'ils peuvent tester les limites (...) ils se trompent», déclarait le secrétaire d'Etat américain John Kerry à l'issue d'une rencontre avec ses homologues français, allemand, britannique, italien et de l'Union européenne visant à préparer les discussions de Genève.

Selon l’AFP, le responsable américain a également fustigé les propos tenus la veille par son homologue syrien Walid Mouallem qui, de son côté, a catégoriquement exclu de discuter à Genève du sort du président Bachar al-Assad. M. Mouallem «essaye clairement de faire dérailler le processus», a dénoncé John Kerry, rejoint par son homologue français Jean-Marc Ayrault qui évoquait pour sa part des « provocations » de la part de Damas.

Dans un entretien au Temps, l’envoyé spécial de l’ONU Staffan de Mistura a insisté, lui aussi, sur la nécessité de «commencer le compte à rebours» en vue de parvenir à des élections en Syrie dans les 18 mois (LT du 12 mars). Un délai impossible à tenir, qui aurait pour seul objectif d’amadouer l’opposition syrienne afin de la convaincre de participer aux pourparlers de Genève?

Quoi qu'il en soit, cette même opposition a pris au mot l’émissaire de l’ONU. «Nous voulons une solution durable, et non des solutions temporaires. Et cela ne pourra survenir qu’en formant un gouvernement de transition», insistait dimanche à Genève Salem al-Meslet, le porte-parole de l’opposition. En prenant bien soin de «remercier» Staffan de Mistura d’être sur la même ligne que l’opposition...

Une trêve, parrainée par les Etats-Unis et la Russie est entrée en vigueur le 27 février. Même si elle semble tenir bon, Moscou s’est dit préoccupé par le fait que le nombre de violations (de la part de l’opposition) était en augmentation. Ces dernières heures, la Russie en comptabilisait 39 de caractère grave, contre une dizaine par jour auparavant. «Le but de ces violations est clair: elles sont destinées à saboter le processus», clamait Moscou. «Nous respectons le peuple russe. Mais ( le président Vladimir) Poutine est le problème et non la solution, semblait répondre à Genève Salem al-Meslet. C’est sa politique qui force les Syriens à fuir leur pays.»

Au-delà de ces violations, cependant, la Syrie a aussi été le théâtre ce week-end de violents combats entre, d’une part, l’opposition «modérée» soutenue par les Occidentaux et, d’autre part, le groupe Jabhat al-Nosra, affilié à Al-Qaïda. Al-Nosra, est désigné comme un groupement terroriste par les Nations Unies et a donc été exclu du périmètre du cessez-le-feu, même si ce groupe participait jusqu’ici à de nombreuses actions conjointes avec les autres forces de la rébellion.

Le cessez-le-feu est en passe de faire éclater cette collaboration de circonstance. Mais cela ne va pas forcément jouer en faveur l’opposition dite modérée : A Idlib, où Al-Nosra est particulièrement puissant, ces échauffourées pourraient rapidement déboucher sur l’annihilation pure et simple de la «Division 13», une brigade de l’Armée syrienne libre. D’ores et déjà, la branche syrienne d’Al Qaïda aurait réussi à s’emparer de pièces d’artillerie fournies aux rebelles modérés par les Occidentaux et les pays du Golfe. Moyen, sans doute, de mieux se préparer à la poursuite de la guerre frontale contre les forces russes et l’armée de Bachar el-Assad.

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