Vous vous êtes peut-être fait avoir. Ces derniers jours, un collègue, un parent ou un «ami-Facebook» vous a sûrement montré l’une de ces images de la catastrophe «Sandy», toujours spectaculaires, puisque trafiquées. Qu’ils s’agisse de requins nageant paisiblement dans les rues du New Jersey ou d’une tornade s’approchant, menaçante, de la statue de la Liberté, des dizaines de «fakes» (littéralement: fausses) liés à l’ouragan ont éclos sur la Toile cette semaine.

Réseaux sociaux, blogs, sites Internet en tout genre… Même les médias «traditionnels» (Reuters ou CNN) n’y ont pas échappé. Ils ont diffusé de fausses informations («la bourse de New York est inondée», assurait CNN) et des images falsifiées (les requins dans le New Jersey sont passés sur BFM TV). Un responsable politique – @ComfortablySmug, pour les intimes de Twitter – a même été poussé à la démission après avoir diffusé ces supercheries.

Ici, , ou encore , les articles déconstruisant ces montages ont paru peut-être aussi vite que les images truquées ont fleuri sur la Toile. En allant chercher la prise de vue d’origine ou le témoin qui pouvait démentir l’information, chacun voulait montrer que, dans le fond, il n’avait pas été dupe. Pas lui. Pédagogues, certains proposent même des tuyaux pour déterminer le vrai du faux. Utile si vous voulez éviter de subir les moqueries de vos collègues lors du prochain ouragan…

Après ce bref emballement (en une petite semaine, ces photos ont été construites, diffusées, démenties et déjà presque oubliées), une question demeure: qu’est-ce qui motive des inconnus à consacrer des heures à falsifier ces images?

L’appât du gain? Difficile à croire puisqu’il semble bien compliqué de «monétiser» la popularité éphémère de ces images. L’attrait d’une audience mondiale? Peut-être. L’envie de «faire le buzz»? Assurément. Mais personne ne connaissant les «artistes» à l’origine de trucages, la gloriole est toute relative, ou ne satisfait que l’ego du petit malin et un cercle restreint de ses connaissances.

Une réponse se trouve peut-être dans la question que pose le chercheur André Gunthert sur son blog. Dans l’article intitulé «Bourdieu et la retouche», il demande: «Regardons-nous les images? Ou ne sont-elles qu’un écran sur lequel nous projetons ce que nous attendons de voir?»

L’envie persistante de consommer ces représentations de l’ouragan dignes des pires films hollywoodiens (dont sont d’ailleurs issues quelques-unes de ces falsifications) ne serait-elle pas le seul moteur qui conduit à l’émergence de ces images? La masse d’anonymes peuplant l’Internet en vient à construire les représentations qu’elle veut elle-même voir de cette catastrophe. La fiction dépasse alors la réalité. Dès lors, même si les trucages sont grossiers, la méfiance s’efface devant nos attentes.

Et l’on s’exclame benoîtement devant notre écran à propos de ces requins dans le métro.