Ramy al-Qaliouby est déçu. Ce jeune diplômé en communication de l’Université du Caire a attentivement écouté, hier, le discours de Barack Obama. Les mots du président américain sur l’islam l’ont certes ému, comme l’ont été les millions de musulmans qui ont suivi ce discours. Car, sous le dôme de la centenaire université égyptienne, Barack Obama a longuement été applaudi, notamment lorsqu’il a cité le Coran. Des mots qui ont touché les musulmans, heureux d’entendre une rupture si nette avec la rhétorique employée par l’administration Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Le changement de ton radical de Barack Obama est donc aujourd’hui perçu comme porteur d’espoir.

S’il n’adhère pas aux critiques des Frères musulmans, qui ont qualifié le discours d’«opération de relations publiques», Ramy al-Qaliouby s’interroge néanmoins: «Obama sera-t-il capable d’aller plus loin que des mots?» «Il a déjà fait un discours historique pour son investiture, il s’est déjà adressé aux musulmans en Turquie, il a répété le même message aujourd’hui. Mais, au bout du compte, cela fait presque six mois que Barack Obama est au pouvoir, et nous, on ne voit aucun résultat concret.» Du concret, c’est là-dessus que beaucoup attendaient le président américain. En Palestine, en Irak, ou en Afghanistan. Les Arabes et les musulmans espéraient que Barack Obama pose des actes forts pour rompre avec la politique américaine au Proche-Orient.

Les fausses promesses de Bush

La Maison-Blanche avait prévenu que le discours de Barack Obama n’allait pas apporter de solution miracle, mais jeter plus modestement les bases plus saines d’un nouveau dialogue. «C’est là pourtant qu’on aurait souhaité du changement», déplore Mohamed Hady, jeune analyste financier cairote. «Les discours haineux et blessants de George Bush se sont greffés sur une politique américaine qui, en soi, était déjà détestable et responsable d’injustice et de souffrance dans toute notre région. Changer l’un sans l’autre ne suffit pas.» «On demande à voir», approuve Nouha Abdel Baset, elle aussi étudiante. «Bush aussi avait fait des promesses [la création d’un Etat palestinien avant la fin de son mandat, ndlr]. Pour ne pas décevoir ni ruiner tous les espoirs que l’on place en lui, Obama doit tenir ses engagements. Sinon, le contrecoup va faire mal.»

Conscient de l’image des Etats-Unis dans la région, jugés «arrogants, dominateurs», le président américain n’a eu de cesse de répéter qu’il ne venait pas en donneur de leçons, et qu’il faudrait plus qu’un discours pour éliminer des années de méfiance. «Je crois toujours en Barack Obama», écrivait hier Shahinaz Abdel Salam, une des plus célèbres blogueuses égyptiennes, qui aurait pourtant aimé entendre le président américain parler avec davantage d’enthousiasme de la démocratisation au Proche-Orient.