Revue de presse

Le 10 août 1949, le Conseil de l’Europe siège pour la première fois. Sans la Suisse, déjà…

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, les propos très critiques de l’éditorialiste du «Journal de Genève» sur la frilosité helvétique vis-à-vis de l’«union européenne» naissante

Le Conseil de l’Europe se réunit pour la première fois à Strasbourg le 10 août 1949, il y a soixante-huit ans exactement ce jeudi. La nouvelle institution est née de la volonté de dix Etats européens de s’unir pour défendre des valeurs comme les droits de l’homme et la démocratie. La Suisse n’en fait alors pas encore partie, elle n’y entrera qu’en 1963.

Et c’est bien là ce qui fâche le rédacteur parlementaire Olivier Reverdin dans son éditorial du Journal de Genève du 23 août, d’autant que «beaucoup de gens s’étonnent, à l’étranger», de cette absence. Et pourtant, la Suisse aurait bien son mot à dire, songe-t-il, «elle qui a fait il y a un siècle ce que l’Europe doit faire aujourd’hui, et qui, plus qu’aucun autre pays, sait ce que fédéralisme veut dire». «Pour le Suisse lui-même», voilà qui «n’est pas facile à motiver». Pourquoi? Parce que «d’instinct», écrit encore Reverdin, on sent «la raison principale» de cette prudence tout helvétique: elle «ne réside point tant en la neutralité […] qu’en cette répugnance» que la Confédération «a toujours eue pour les engagements internationaux».

Aïe. Berne, déjà si loin de l’Europe au moment où celle-ci n’en est encore qu’à ses balbutiements… D’ailleurs, poursuit l’éditorialiste, «la Suisse agace souvent les autres pays en demandant, en toute chose, un traitement non de faveur, mais d’exception». Ce qui lui avait toujours réussi, jusqu’ici… Elle «serait donc bien sotte» de changer de politique.

Cependant, «du point de vue formel», rien ne l’empêcherait «de rallier le Conseil de l’Europe, puisque les questions militaires ne sont pas de son ressort et que la souveraineté des Etats membres est garantie. Peut-être le fera-t-elle un jour?» Le jour où tomberont, en 1963 donc, les réticences dictées par la «doctrine Petitpierre» – de Max Petitpierre, chef de la diplomatie suisse de 1945 à 1961 – et son interprétation de la neutralité interdisant à la Confédération de participer à une organisation internationale politique.

Une «question embarrassante»

Mais «que la question soit embarrassante», le journaliste prompt à critiquer ses semblables dit qu’on en voit «la preuve dans la quasi-unanimité avec laquelle les journaux suisses évitent de la traiter». Quel dommage! Car si l’assemblée parlementaire strasbourgeoise «devient, comme cela paraît […] probable, l’instrument de l’unification nécessaire, sur une base fédéraliste, du continent, la Suisse se devra d’en faire partie, ne serait-ce que pour éviter que, par sa faute, on décide de son avenir sans qu’elle participe aux débats». Quelle résonance actuelle dans ces lignes!


Episode précédent:

Publicité