Il y a cent ans, une poignée d’intellectuels chinois se réunissaient dans la concession française de Shanghai pour fonder le Parti communiste. Ils étaient nourris d’idées nouvelles, occidentales, iconoclastes. Ils avaient combattu l’empire et son idéologie millénaire, le confucianisme. Ils rêvaient de science et de démocratie, de nationalisme et de socialisme. Comment jugeraient-ils la Chine d’aujourd’hui, celle qui célèbre leur mémoire en ce 1er juillet?

A l’avant-garde technologique

La science et le nationalisme ont triomphé. La Chine de Xi Jinping est une dictature high-tech qui peut se targuer d’être à l’avant-garde de l’intelligence artificielle. Sous-développée il y a trente ans, la Chine a élevé son niveau de vie et modernisé ses infrastructures. Abreuvés aux mamelles d’un nationalisme revanchard, les Chinois sont majoritairement fiers de ce qui est présenté par les autorités comme la restauration de leur grandeur passée.

La démocratie et le socialisme ont sombré. La Chine de Xi Jinping se revendique d’une continuité impériale et promeut les «vertus confucianistes». Il se voit au centre du monde, il croit en sa mission civilisatrice. Convertis au capitalisme par Deng Xiaoping, les Chinois s’adonnent au marché comme le reste de la planète. Du communisme toujours revendiqué ne demeure que l’organisation léniniste de conquête et de préservation du pouvoir d’un parti forgé dans le secret.

L’invention d’un modèle

Les héritiers de Chen Duxiu et Li Dazhao ont inventé un modèle de capitalisme autoritaire national-confucianiste (des intellectuels chinois parlent de fascisme). Ils ont une ambition, un projet, une vision, une offre. Cette offre est aujourd’hui la principale alternative au modèle occidental de démocratie libérale. Ce serait une erreur de penser que cela ne nous concerne pas. Dans une Europe où la fatigue démocratique fait son chemin, c’est même un défi de taille.


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