#BruissementsDigitaux

106 610 francs et 80 centimes

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

Il faudrait avoir perdu ses tympans à un concert de Mariah Carey ou ses globes oculaires devant le nouveau faciès de Renée Zellweger et d’Uma Thurman pour ne pas savoir que Genève s’écharpe sur sa nouvelle loi sur la police. Depuis son approbation par les députés en septembre, la législation – qui consiste en une complète réorganisation de la structure policière – a trouvé une seconde vie hors de l’enceinte parlementaire. C’est désormais sur le Net, trompeuse caisse de résonance de l’humeur électorale, que l’on en débat. Enfin… Que l’on éructe de la mauvaise foi numérique et que l’on s’assomme à coups d’arguments fallacieux, avec autant de finesse qu’un attendrisseur s’abat sur une bavette d’aloyau.

Pauvre électeur. Pas celui qui aura sorti son monocle pour décortiquer les 68 articles de la loi ni celui qui aura consacré un peu de son précieux temps à (vraiment) s’informer. Non. Cet autre électeur qui – pensant charpenter son opinion sur la votation du 8 mars – cherche la lumière dans la nébuleuse Facebook ou dans cet entassement argumentaire, hélas, qu’est l’imbuvable brochure cantonale d’«explication». Enfin, qu’il ne compte pas trouver son salut sur le site des opposants (genevesecurite.ch) ni sur celui des défenseurs de la nouvelle loi (notrepolice.ch) tant ils disent tous deux l’exact contraire.

Sur le réseau social, la propagande est itérative. Côté opposants, l’ancien président des jeunes MCG, Brice Arduini, pollue avec frénésie les profils de son réseau. Avec tant de succès que son propre président, le conseiller national Roger Golay, peine à exister, tant son mur est pris en otage par des publications qui ne sont pas les siennes. Noyade digitale pour celui qui fut président de l’Union syndicale des polices romandes. De l’autre, le PDC Vincent Maitre multiplie les commentaires avec hargne, ce qui laisse penser que sa haine du parti populiste est passée du cerveau aux viscères, pendant que le PLR Cyril Aellen ironise: «Demander l’avis des gendarmes […], c’est un peu comme demander l’avis des assureurs maladie au sujet de la caisse publique.»

Ce flot de vérités à moitié vraies et de faussetés à moitié fausses a généré, chez l’auteur de ces lignes, une addiction aux faits. Dès la sortie de son école, un policier genevois perçoit un salaire annuel brut de 81 347 francs. Montant auquel il faut ajouter 11 263 francs et 80 centimes d’indemnités pour «risques inhérents à la fonction» et 6000 francs «en moyenne» destinés à couvrir les frais d’assurance maladie. Il faut aussi compléter cette somme par le paiement des heures de nuit (3000 fr.), les débours forfaitaires (2500 fr.) et autres frais (repas, déplacements, fournitures) à hauteur de 2500 fr.

106 610 francs et 80 centimes. C’est le titre de cette chronique.

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