L’initiative populaire «1:12 – Pour des salaires équitables» est balayée par le peuple suisse avec une majorité confortable de «non». C’était un test très important après le triomphe de l’initiative Minder, acceptée à 67,9% il y a peu par ce même souverain. Même si les buts et les moyens étaient différents, les deux initiatives voulaient combattre des écarts de revenus jugés immoraux. Les premiers sondages étaient favorables à «l’utopie nécessaire» des Jeunes socialistes. Et à l’évidence, les différences salariales divisent les citoyens et polarisent l’opinion. Mais les faits et l’engagement sincère de chefs d’entreprise inquiets des conséquences de l’initiative ont eu raison des passions. La gauche, qui ne cesse de clamer que les inégalités augmentent, n’est pas parvenue à en faire une démonstration convaincante. Au contraire, au fil des débats, les Suisses ont découvert qu’ils vivaient dans un pays plutôt raisonnable, même si certaines multinationales appartiennent à un autre monde. Dimanche, les Suisses n’ont pas voulu introduire un contrôle étatique illusoire et incompatible avec l’esprit d’un Etat libéral. Les milieux économiques et bourgeois peuvent donc être rassurés; l’initiative n’a pas ratissé au-delà des forces politiques de la gauche et des Verts.

Sur le plan politique, le débat national qui s’est ouvert sur les inégalités n’est pas refermé. Le peuple devra se prononcer sur l’initiative de l’Union syndicale (USS) visant à introduire un salaire minimal de 4000 francs. Si le rejet net de l’initiative 1:12 tempère un peu les espoirs des syndicats, la rudesse de la concurrence économique alarme de larges couches de la population. Le vote du Tessin témoigne sans doute d’un ras-le-bol d’une ouverture économique que certains estiment aujourd’hui incontrôlée. Dès maintenant, une autre bataille s’engage. Combattre l’initiative de l’UDC sur l’immigration de masse s’annonce difficile et à très hauts risques dans nos relations avec l’Europe.

Le libre-échange et son corollaire, le principe de libre circulation et de non-discrimination, perdent du terrain. La fermeture partielle des frontières apparaît à beaucoup comme un remède simple, aussi efficace que l’initiative 1:12 qui voulait interdire les hauts revenus sans en mesurer toutes les répercussions. L’exposé des faits et des innombrables études sur les effets réels des migrations parviendra-t-il à triompher des passions? Rien n’est gagné et la confrontation commence immédiatement.