Revue de presse

Le 14 août 1980, les chantiers navals de Gdansk se mettent en grève

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, les prémices de la révolution à venir en Pologne, avec Solidarnosc et Lech Walesa

Il y a trente-sept ans ce lundi, les 17 000 ouvriers des chantiers navals Lénine de Gdansk se mettent en grève, menés par le futur syndicat Solidarnosc, fondé quinze jours plus tard. Son leader, Lech Walesa, amorce un mouvement massif qui jouera un rôle clé dans l’opposition au régime de la République populaire de Pologne. Avec, dans un premier temps, «des élections syndicales libres» promises par le premier secrétaire du PS d’alors, Edward Gierek.

Le 26 août, dans la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève, Marian Stepczynski constate que «les ouvriers […] semblent marquer leurs premiers points» après «la reconnaissance du comité interentreprises par les dirigeants communistes comme interlocuteur valable». Mais pour l’éditorialiste, «dans la délicate partie qui s’est engagée entre les grévistes de la Baltique et les dirigeants de Varsovie, les cartes maîtresses sont […], pour l’heure, injouables».

Les handicaps du pouvoir

Il faut donc être patient. Cela veut dire que «du côté des travailleurs, du plus modeste piquet au plus écouté des leaders, […] seule la poursuite de la grève ouvre la voie à une négociation véritable. Car elle seule peut peser sur les deux handicaps majeurs du pouvoir: son incapacité durable à régler l’inextricable situation financière de l’économie polonaise, et l’incapacité dans laquelle il se trouve présentement d’empêcher une extension du mouvement à l’ensemble du pays, en dehors d’un recours, dérisoire, au blocage des communications.»

L’espoir, c’est qu'«en faisant durer l’arrêt des chantiers, le mouvement des travailleurs [accroisse] chaque jour davantage les difficultés , existantes et futures, des responsables politiques». Lesquels ne manqueront pas, prévoit à juste titre l'éditorialiste, d'utiliser leurs armes favorites, «manœuvres d'intimidation, tracasseries policières et grandes déclarations apaisantes», en vue de «briser la détermination des grévistes».

Règlements de compte

«Jusqu’à présent, poursuit Stepczynski, aucun des camps n’a abattu ses atouts». La seule chance que le système évolue, ce sont «les règlements de compte s’opérant au sein du bureau politique», qui «offrent une occasion de choix à des gestionnaires plus jeunes et plus dynamiques pour tenter d’amener les structures à plus d’efficacité et de souplesse». D'ailleurs, «sans réformes en profondeur, qui poseraient le problème de la survie du régime», l'éditorialiste ne voit pas encore comment un hypothétique nouveau pouvoir à la tête du pays sortirait «l'économie polonaise de son désordre».

De fait, en 1989, le gouvernement sera tenu en échec lors de premières élections semi-libres, et une république parlementaire restaurée. C’était cinq mois avant la chute du mur de Berlin.


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