Revue de presse

Le 16 août 1884, Tavannes (BE) est relié au rail, et c’est un événement

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, l’inauguration d’une nouvelle ligne de chemin de fer dans le Jura bernois

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le chemin de fer a le vent en poupe, et le moindre nouveau rail posé sur un minuscule territoire qui se trouve ainsi relié au reste du monde est un petit événement, qui se fête avec force flonflons. Chaque fois, les journaux en parlent abondamment, particulièrement en Suisse, pays pionnier en la matière et où le relief accidenté finit toujours par être dompté par l’homme. Dans ce style inimitable d’une presse qui parle immanquablement d'«affluence d’invités, d’actionnaires et d’habitants de la contrée».

Aussi, lorsque au mitan des années 1870, le village de Tavannes (BE), en bout de ligne, est désormais relié par rail au reste du Jura bernois, à l’actuel canton du Jura et à Bienne par la compagnie du chemin de fer Jura bernois (JB), cela représente une nouvelle étape dans le quadrillage du pays romand. Elle débute le 16 août 1884, avec la mise en service du chemin de fer de Tramelan à Tavannes, à voie métrique et traction à vapeur.

La nouvelle offre est de taille pour ces deux villages «gracieusement décorés» que relate la Gazette de Lausanne deux jours plus tard dans tous les détails, en précisant que «le temps était superbe». Le député Louis Geiser, qui avait demandé cette ligne au Grand Conseil bernois en 1881, reçoit «à Tavannes les délégués du gouvernement en leur souhaitant la bienvenue». Et l’inoubliable Joseph Stockmar, conseiller d’Etat bernois de 1878 à 1896, «répond en termes chaleureux et signale l’importance économique de l’entreprise». Celui-ci ne s’arrêtera pas là, puisque, directeur de la compagnie ferroviaire du Jura-Simplon (1897-1903), puis du 1er arrondissement des CFF à Lausanne (1903-1919), il fut un promoteur de la fusion des chemins de fer en Suisse romande et l’un des négociateurs du percement du tunnel du Simplon.

Le récit se poursuit ensuite: «Le train d’honneur se met en marche et achève sa course en 33 minutes. Il est conduit par une locomotive en miniature, complètement couverte de guirlandes. A Tramelan, réception au son de la musique de la localité, cortège composé de trois mille personnes.» Et le divin dans tout cela? «M. le pasteur Gross fait un discours religieux et appelle la bénédiction de Dieu sur l’œuvre nouvelle», sur laquelle un système de traction électrique fera son apparition en 1913.

Mais on n’en est pas encore là en 1884, et un certain «M. Léon Perrin salue les invités» à Tramelan «et les remercie de s’être associés à cette fête». Puis le cortège se rend «à l’emplacement du banquet, préparé pour 400 personnes». Le rédacteur précise encore que «le repas est très animé», que «de nombreux toasts sont portés et des coupes d’honneur offertes aux entrepreneurs et aux promoteurs de la ligne». Et comme il se doit toujours en pareil cas, «la cérémonie s’est terminée par l’illumination et les feux d’artifice». Quel grand jour!


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